A Porto, la mort d’un travesti tué par une bande d’adolescents

Dans “Pão de Açucar”, roman écrit en 2018 à l’âge de 28 ans, Afonso Reis Cabral prend appui sur un fait divers survenu à Porto douze ans plus tôt. Dans un immeuble jamais achevé de construire et transformé en parking, le « Pain de Sucre », les pompiers avaient retrouvé au fond d’un puits, le corps d’une personne assassinée.

Il s’agissait d’un travesti, Gisberta, que ses agresseurs avaient battu plusieurs jours de suite et laissée nue de la ceinture jusqu’aux pieds. Il s’agissait d’adolescents, dont certains n’avaient que douze ans, hébergés dans une institution religieuse accueillant des enfants en difficulté. Par la suite, ils furent reconnus coupables et condamnés par le tribunal pour mineurs.

Le roman de Reis Cabral se base donc sur des faits réels, et aussi sur des conversations avec l’un des protagonistes, Rafael Thiago. Le récit, écrit par l’auteur, est attribué à Rafa, âgé de douze ans à l’époque des faits.

Le Pao de Açucar

Rafa est curieux. Il explore des endroits sales de Porto, découvre une épave de bicyclette, cherche un endroit pour la réparer et la mettre en sécurité, découvre le sous-sol du parking du Pão de Açucar. Il a un jour la surprise de trouver, collé à la bicyclette, un billet : « quelle est jolie, félicitations ! » Il découvre qu’une habitante s’est construit une cabane dans cette cave. Elle s’appelle Gi. Elle a quarante-cinq ans, est transgenre, malade du sida.

Rafa devient l’ami de Gi, vient la voir quotidiennement, lui amène de la nourriture. Elle lui raconte sa vie. En parallèle, il découvre l’amour avec une fille de son âge, Alisa. « Un jour, nous irons nous promener, lui dit Alisa. Et je t’apprendrai les choses de la vie, semblait-elle suggérer. Et je t’apprendrai à réparer un vélo, eu-je envie de lui opposer, si l’échange contre l’apprentissage de la vie n’avait pas été si déséquilibré. » Le corps parfait d’Alisa lui fait penser à celui, marqué par l’âge, de Gi, et cela lui fait de la peine.

Mais comment garder secret un événement aussi marquant ? Rafa a deux amis intimes, Nélson, un garçon sympathique et inconséquent, et Samuel sensible et artiste. Il les emmène dans la cave à la rencontre de Gi. Samuel dessine ce qu’il voit. Malgré la ruine de la cave et de la maladie de Gi, « ses dessins semblaient une célébration ».

Le Pao de Açucar dessiné par Samuel

Rafa découvre que Samuel connaissait Gi. Âgé de six ans, il avait vécu avec sa mère dans le bordel où travaillait Gi. Celle-ci semble préférer Samuel à Rafa, rongé par la jalousie. Rafa ouvre le Pão de Açucar à Fábio, le caïd  de l’établissement qui les héberge. C’est le drame. Fábio ne supporte pas que Gi soit transgenre. Il s’approprie son lieu de survie : « ceci est à nous, dehors ! »

Les adolescents s’acharnent à coups de pieds et de bâtons sur le corps de Gi, y compris Rafa, Samuel et Nelson, pris dans une spirale de violence. La croyant morte, ils la jettent dans un puits, dont les pompiers extrairont son cadavre.

Samuel s’enfuit. En plein centre de Porto, un autocar est en flammes. Sur ses parois un dessin représente une femme épouvantée par ce qui lui arrive.

Quelques années plus tard, Rafa – Rafael Thiago – confie à Afonso Reis Cabral : « Pour moi, aussi difficile que ce soit à admettre, ces événements avaient fait de moi un homme. Quelque part dans une grotte, il avait réconforté qui était affligé, il avait donné à boire à qui en avait besoin, il avait protégé qui était malade, il avait écouté qui voulait parler. »

« Pão de Açucar » est un roman passionnant sur les excès de l’adolescence, entre compassion et violence. Il a obtenu le prix littéraire Saramago en 2019. Il se situe sur un chemin de crête entre le documentaire et la fiction. Il est dommage qu’il n’ait pas encore été traduit en français. Appel aux éditeurs !

Afonso Ruis Cabral

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