Grande-Bretagne, en finir avec 40 ans de néo-libéralisme ?

Le quotidien britannique The Guardian a publié le 24 septembre un article de Hettie O’Brien intitulé « la dernière chance du Parti travailliste ? Les gens qui dessinent les plans ambitieux d’Andy Burnham pour la Grande Bretagne » (Labour’s last chance? The people shaping Andy Burnham’s grand plans for Britain).

« Le premier ministre a déclaré qu’il veut mettre fin à 40 ans de néolibéralisme ; est-il prêt à être aussi radical ? » interroge la journaliste.

Andy Burnham a remplacé Keir Starmer comme premier ministre de Grande Bretagne le 20 juillet 2026. Les intentions de vote pour le Labour, le Parti travailliste, étaient au plus bas, à deux ans des élections générales. L’ancien maire de Manchester possédait le charisme dont Starmer était dénué.

Andy Burnham en meeting

On reprochait à Starmer de ne pas avoir de projet pour son pays, et de répliquer les discours de l’extrême droite sur des sujets tels que l’immigration. Andy Burnham au contraire avait prouvé à Manchester qu’il avait une vision et une autre manière de gouverner. Il s’est entouré de personnalités animant des clubs de réflexion (think tanks) orientés à gauche. Ce sont ces personnalités qu’Hettie O’Brien est allée rencontrer pendant l’été.

Certains de ces clubs prônent la renationalisation d’entreprises privatisées dans des secteurs comme l’énergie ou les services sociaux qui impactent la vie des gens. D’autres souhaitent l’abolition de règlementations qui protègent les grandes entreprises et pénalisent les start-ups.

Le courant le plus proche de la pensée et de la pratique de Burnham consiste en la dévolution de pouvoirs exercés par Westminster à des instances proches des gens. Il a ainsi symboliquement ouvert à Manchester un « N°10 North », un bureau détaché du « 10 Downing Street », résidence du premier ministre à Londres.

Saucisses, haricots, formage tels qu’ils sont mangés par le premier ministre

L’idée est que la professionnalisation des partis (y compris le parti travailliste) a coupé des politiques de leur base. « Cela a engendré un culte de l’expertise et du détachement, un sentiment que les gens ordinaires ne comprennent pas leur propre vie, que les aspects fondamentaux de leurs affaires sont mieux gérés pour eux depuis le haut », dit l’une des personnalités interrogées par la journaliste.

Le premier ministre, citant le pape François, parlait de « culture de la rencontre » : l’échelon local de l’État travaille aux côtés d’organisations auxquelles les gens croient, et écoute leurs besoins.

La journaliste s’interroge sur la possibilité de succès de ce « Manchestérisme ». Les obstacles sont nombreux : là où localement règne parti d’extrême droite Reform UK, les priorités mises en œuvre ne seront probablement pas celles de Burnham ; la culture du parti travailliste reste centralisatrice ; l’élaboration et le vote du budget 2027 constitueront un moment de vérité.

Manchester

Il reste que la tentative d’Andy Burnham de mener une politique proche des gens et de leurs besoins de base (le coût de la vie, la santé, le travail…), capable de détourner les couches populaires des sirènes de l’extrême droite financée par les oligarques, devrait intéresser les partis sociaux-démocrates en Europe. Comme le Parti travailliste, leur capital de confiance s’est érodé, à force d’embrasser l’idéologie néo-libérale et pratiquer un paternalisme étatique. Comme lui, ils s’interrogent sur « comment conduire la croissance jusque chaque quartier ? » (How to drive growth in every postcode? ».

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