Sarah Bernhardt chez Lucky Luke

L’album « Sarah Bernhardt » dans la série des Lucky Luke (1982) est une réjouissante adaptation du récit que fit la comédienne de sa première tournée aux Etats-Unis dans son autobiographie « ma double vie ».

 Du à Morris et aux scénaristes X. Fauche et J. Léturgie, cette bande dessinée pas comme les autres imagine que le président des Etats-Unis charge le cow-boy solitaire d’assurer la sécurité de Sarah Bernhardt pendant sa tournée américaine de 1880 – 1881. Continuer la lecture de « Sarah Bernhardt chez Lucky Luke »

La double vie de Sarah Bernhardt

« Ma double vie » devait être le premier tome de l’autobiographie de Sarah Bernhardt (Feuilletto, 2012). Ecrit en 1907, le livre couvre la période qui s’étend de la naissance de Sarah (1844) à sa première tournée triomphale aux Etats-Unis (1880 – 1881). L’actrice est morte en 1923 sans avoir poursuivi ce travail.

 J’ai eu envie de lire la biographie de Sarah Bernhardt en visitant à la Pinacothèque de Paris l’exposition sur l’Art Nouveau. On y trouve en effet des affiches d’Alfons Mucha faisant la promotion de son théâtre et un autoportrait sculpté. Non conventionnelle, féminine, libre, pluridisciplinaire, la comédienne a partie liée avec un mouvement artistique tout entier construit sur la nature, la féminité et l’application aux objets de la vie quotidienne. Continuer la lecture de « La double vie de Sarah Bernhardt »

La fin du monde est pour dimanche

Le théâtre de la Pépinière à Paris présente un one-man-show de François Morel, « la fin du monde est pour dimanche ». Il s’agit, selon son auteur, d’un spectacle existentiel traitant de la vie, de la mort, de l’âge et du temps qui passe, et aussi de la recherche du bonheur… le tout sur le mode du rire.

 « J’sais pas quoi faire, j’ai rien à faire ». L’image d’Anna Karina marchant désœuvrée le long d’une plage et trompant son ennui en faisant des ricochets introduit le spectacle de François Morel. La vie nous plonge dans un compte à rebours : ramené à l’échelle d’une semaine, un nouveau-né se trouve un lundi, un vieillard le samedi après-midi, pensant avec frayeur au dimanche qui menace. Le temps est court et il s’accélère. Il faut « faire » quelque chose, des ricochets, ou bien l’amour, la cuisine ou la guerre. Continuer la lecture de « La fin du monde est pour dimanche »

Le père

« Le père », pièce de Florian Zeller dont les rôles principaux sont tenus par Robert Hirsch et Isabelle Gélinas, nous fait assister au naufrage d’un homme âgé dont la mémoire et la personnalité se disloquent sous la poussée de la démence.

 André (Robert Hirsch, 88 ans) ne décolère pas contre sa fille Anne (Isabelle Gélinas) qui s’immisce dans ses affaires et prétend lui imposer l’intrusion d’une auxiliaire de vie dont il n’a nul besoin. Il suspecte Anne d’un dévouement intéressé : n’aurait-elle pas le dessein secret et inavouable de l’évincer de son appartement pour se l’approprier ? Mais il aura le dessus ! Elle n’a jamais été « fute-fute ». Il les enterrera tous, à commencer par Anne…

 Anne est sous pression. Elle aime son père et supporte avec stoïcisme son mépris et son ingratitude. Après qu’André fut venu à bout de la patience de plusieurs auxiliaires de vie, elle l’a accueilli provisoirement chez elle, au risque de mettre en péril le couple qu’elle forme avec Pierre. « Je ne le sens pas, ce type », dit André. « Ce n’est pas un type, c’est l’homme que j’aime », répond Anne. Mais André n’est pas capable d’empathie avec sa fille. Il sent bien que quelque chose ne tourne pas rond, mais il pense que c’est le reste du monde qui déraille, pas lui. Il oppose Anne à Louise sa sœur, vive, généreuse, affectueuse qui, elle au moins, le comprend. Le problème est que Louise ne donne plus de nouvelles. Louise est morte dans un accident il y a de nombreuses années.

 La pièce de Florian Zeller nous place dans le cerveau perturbé d’André. Parfois, le vieil homme se fait charmeur et devient un clown dont on rit des pitreries. Mais parfois, de plus en plus souvent, il perd les pédales, ses souvenirs s’entremêlent et se contredisent. Il confond le compagnon de sa fille avec le médecin de l’institution où Anne s’est finalement résolue à la placer. Une situation vieille de plusieurs jours remplace dans sa tête la place ce qui vient de se passer. Il ne sait plus où vit sa fille, si elle est partie pour Londres ou réside encore à Paris. Il ne reste à André qu’une certitude : celle que sa montre lui donne du moment de la journée et des heures de repas. En paranoïaque invétéré, il reproche à son entourage de lui voler le précieux objet. Mais c’est la démence, et finalement la mort, qui au bout du compte le lui ôtera, définitivement.

 « Le père » nous fait passer sans cesse du rire amer à l’amertume triste. A mesure qu’elle avance, la pièce nous inocule un puissant sentiment d’incohérence, d’incommunication, de dislocation. Comme le film « Amour » de Haneke, elle nous inclut dans le cycle infernal de la maladie d’Alzheimer et trouve le ton juste pour parler de cette terrible réalité.

 A noter que la pièce se joue au théâtre Hébertot, dont l’inconfort des sièges contribue à accroître chez le spectateur le sentiment de malaise que communiquent avec succès scénariste et acteurs. Il est probable toutefois que ce bénéfice collatéral n’ait pas vraiment été prémédité !

Patrick Catalifo, Robert Hirsch et Isabelle Gélinas dans « le père »