Chicago, comédie musicale

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La comédie musicale Chicago est à l’affiche depuis treize ans à Londres. Cette longévité se justifie par la qualité du spectacle et de ses acteurs.

D’emblée, nous sommes avertis : nous entrons dans le monde louche du Chicago de la prohibition, un monde de sexe et d’alcool, un monde où un avocat habile peut faire acquitter un criminel et le propulser dans la gloire. C’est précisément de gloire que rêvent Roxie Hart et Velma Kelly, emprisonnées pour meurtres, qui rivalisent dans la séduction à l’égard de l’avocat Billy Flynn, qui pourra leur procurer acquittement et célébrité.

La mise en scène tient de l’exploit. Il n’y a pas de fosse d’orchestre au Cambridge Theatre, et les musiciens sont placés sur une tribune faisant face aux spectateurs. Intelligemment, cet inconvénient est transformé en un atout : la tribune sert d’extension à l’espace exigu du plateau et les acteurs interagissent fréquemment avec les musiciens.

La virtuosité des acteurs-chanteurs-danseurs déjoue les lois de la gravité. Nous oublions dans le rythme de la musique le poids des journées d’hiver, nous sommes étourdis de sauts et pirouettes, nous sommes émerveillés par la souplesse et la grâce des corps. Plusieurs scènes sont inoubliables, en particulier celle-ci. L’avocat convoque la presse pour raconter l’histoire, réarrangée par lui, de Roxie. La jeune femme est sur ses genoux pendant que les journalistes forment autour d’eux un ballet scintillant. L’avocat chante comme un ventriloque, et c’est Roxie qui ouvre la bouche exagérément. La fascination des médias pour le fait divers croustillant, leur manipulation par un homme qui considère la justice comme un pur spectacle, sont rendues de manière drôle et cruellement vraie. Un peu plus tard dans le spectacle, une jeune étrangère proteste de son innocence mais, faute d’un tel appui, est condamnée à la pendaison : son jugement et son exécution sont évoquées brièvement mais avec une grande force.

Critique sociale, érotisme, rythme, jaillissements, élégance. Quel bon spectacle !

Illustration : Chicago, au Cambridge Theatre de Londres.

Victor Hugo, mon amour

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« Aimer, c’est plus que vivre », écrivit Juliette Drouet, l’amante et muse de Victor Hugo. Anthéa Sogno lui rend un vibrant hommage.

Nous n’avons pu aller au théâtre lors de notre passage à Paris et c’est donc en DVD que nous regardons « Victor Hugo, mon amour », la pièce d’Anthéa Sogno dont la Comédie Bastille vient de donner la dernière représentation.

La pièce est tirée des 23.650 lettres échangées pendant 50 ans entre Juliette et Victor. Juliette aime, adore et vénère Victor, elle est comme fascinée par sa lumière, elle s’ouvre et se donne à lui charnellement et spirituellement. Sa passion la fait vivre avec une intensité inouïe, entre jouissance et désespoir. C’est que si Victor est un amant fougueux et romantique, c’est aussi un bourreau de travail qui la délaisse pendant des jours pour écrire ou corriger des épreuves, c’est un père de famille intentionné qui n’entend pas laisser les siens pour sa maîtresse, c’est un amant jaloux qui contraint Juliette à se cloîtrer pour prouver sa fidélité, c’est un chaud lapin qui vit pendant des années une idylle parallèle avec une femme plus jeune, Léonie, c’est un dramaturge jalousé que les ennemis atteignent en ruinant la carrière de comédienne de sa muse.

Juliette sauve la vie de Victor en lui procurant une fausse identité lors du coup d’Etat de Louis Napoléon Bonaparte. Il a 49 ans, elle en a 46. Elle vivra près de sa maison à Guernesey, fréquentera ses enfants. Leur amour durera jusqu’à la mort de Juliette en 1883. Victor Hugo cessera alors d’écrire : l’amour inconditionnel de Juliette avait probablement joué un rôle déterminant dans sa prodigieuse fécondité littéraire.

Anthéa Sogno a écrit cette pièce et l’interprète avec sensualité, passion et vérité.

Photo : Anthéa Sogno et Sacha Petronijevic dans « Victor Hugo, mon amour ». Site Internet : http://www.victor-hugo-mon-amour.fr

Jersey Boys

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Pas moins de 22 comédies musicales sont à l’affiche à West End, le quartier des théâtres de Londres ! Parmi elles, Jersey Boys.

Jersey Boys se donne dans le magnifique Prince Edward Theatre, construit en 1930 et rénové en 1990. Le théâtre frappe par sa grande capacité (1.645 places) et par l’élégance de ses lampes et de ses vitraux Arts Déco.

La comédie musicale raconte l’histoire du groupe « the four seasons », contemporain des Beatles dans les années soixante. Les quatre scènes, printemps, été, automne et hiver racontent l’histoire du groupe de sa genèse à son éclatement quand son chanteur, Frankie Valli, commença une carrière en solo. Elles sont introduites à tout de rôle par un membre du groupe, qui raconte l’histoire à sa façon.

Le spectacle est distrayant, rythmé par les succès du groupe : Sherry, Big Girls Don’t Cry. Walk Like a Man. Il commence par Cette Soirée-Là, de Claude François, en français.

C’est surtout la perfection technique qui retient l’attention : les mouvements sont organisés à la seconde près ;  le son est parfait ; les changements de décor, des coulisses, du plafond ou de sous la scène, sont parfaitement coordonnés.

Il y a de nombreuses trouvailles de mise en scène. Pour n’en citer qu’une, alors que le groupe connait enfin le succès, ils tournent le dos aux spectateurs de la pièce et font face à un immense auditorium imaginaire, dont l’obscurité est déchirée par les flashs d’appareils de photo. Nous assistions à un spectacle et nous nous découvrons fascinés inclus dans un show gigantesque magnifié par le passé.

Illustration de « Jersey Boys ».

Shun-kin

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La troupe Complicite de Simon McBurney donne actuellement au Barbican de Londres Shun-Kin, une pièce écrite sur un texte de l’écrivain japonais Jun’ichiro Tanizaki. Le spectacle est programmé du 18 au 23 novembre au Théâtre de la Ville à Paris.

Complicite produit les créations du metteur en scène Simon McBurney. Comédiens, techniciens et créatifs sont recrutés sur des projets, parfois en association avec d’autres troupes. C’est le cas de Shun-kin, une pièce en langue japonaise produite en collaboration avec le Setagaya Public Theatre de Tokyo.

Dans un studio situé au cœur d’une bruyante ville japonaise, une récitante vient enregistrer des textes écrits par Jun’ichiro Tanizaki en 1933, « Portrait de Shun-kin » et « En l’honneur des ombres ». Elle est troublée par le récit de la relation maladive de la belle Shun-kin et de son serviteur Sasuke, et profite des pauses pour appeler son amant sur ton téléphone portable et le presser de questions sur l’état de leur propre relation.

L’histoire de Shun-kin et de Sasuke se passe au dix-neuvième siècle dans le Japon d’avant l’ouverture à l’occident. Fille d’une famille aisée, la petite Shun-kin perd la vue et se consacre au chant et au shamisen, un instrument à cordes. L’un de ses serviteurs, Sasuke, est ébloui par la beauté de la petite fille. Il est comme tétanisé par la fascination. Shun-kin exploite cette adoration de manière éhontée, faisant subir à son esclave, devenu ensuite son amant, ses caprices, ses sautes d’humeur et sa violence. Elle lui enseigne le shamisen avec les mêmes techniques terrorisantes que celles auxquelles ses maîtres l’avaient soumise. Elle aura trois enfants de lui, mais les abandonnera et ne consentira jamais à se marier avec celui qu’elle considère comme un moins que rien.

Pourtant, Sasuke demeure envoûté, comme aveuglé par la beauté solaire de sa déesse. Celle-ci est attaquée par des hommes qui la défigurent. Elle exige de Sasuke qu’il ne voie jamais son visage devenu hideux. Sasuke se crève les yeux pour aller jusqu’au bout de sa dévotion. Il survivra plusieurs années à Shun-kin et dira que grâce à son sacrifice, c’est son image de jeune femme magnifique qui l’accompagne tous les jours de sa vie.

La mise en scène de Simon McBurney est multidimensionnelle. En fond de scène, un joueur de shamisen et un écran où sont projetées des images qui amplifient l’action dramatique. La pièce suit la séquence des vies de Shun-kin et Sasuke mais nous ramène plusieurs fois au studio d’enregistrement et au vacarme du japon contemporain. Les acteurs jouent des rôles multiples, et le Sasuke devenu vieux assiste à des scènes de sa vie d’homme jeune avec Shun-kin. Le personnage de Shun-kin enfant est symbolisé par une marionnette à la face complètement blanche. L’une des marionnettistes se glisse ensuite dans le rôle de Shun-kin devenue adulte, se substituant au pantin qu’elle animait, tout en restant dans la ligne de son caractère velléitaire et brutal.

On a parfois une impression de lourdeur en regardant la pièce, à la fois par son rythme lent, par la dissociation fréquente entre le récit et le mime du récit qui se déroule sur scène et par la difficulté de lire les sous-titres tout en suivant l’action. Mais la pièce Shun-kin apporte ce que l’on attend du théâtre : l’immersion dans un univers différent, la découverte d’une ambiance visuelle et sonore inconnue.

Photo de la pièce Shun-kin.