Le meilleur papa du monde

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Dans « World’s Greatest Dad », Robin Williams trouve un rôle à sa mesure, désespéré mais humain.

Lance Clayton mène une vie marquée par l’échec. Plaqué par sa femme, menacé de perdre son emploi de professeur, auteur de livres dont aucun n’a été accepté par les éditeurs, il est surtout désemparé par son fils Kyle. En situation d’échec scolaire, chahuté et ridiculisé par ses condisciples, Kyle vit dans un isolement presque total (il n’a qu’un ami), dans l’obsession du sexe des femmes et les jeux sur ordinateur. Il hait son père.

Lorsque Kyle meurt accidentellement par étouffement à la suite d’un jeu vidéo qui a mal tourné, Lance maquille son décès en suicide. Il invente des lettres posthumes et attribue à Kyle un des livres qu’il avait écrits et qui était resté non publié. Peu à peu, Kyle devient le héros et une source d’inspiration pour les lycéens ; le proviseur lui-même reconnaît en lui un surdoué qu’il n’avait pas su comprendre. Lance fait la conquête d’une ravissante collègue en s’appuyant sur une lettre que Kyle aurait écrite pour vanter le couple qu’elle et son père adoré pourraient former.

Le sommet du film est un plateau de télévision où Lance est invité à livrer son témoignage bouleversant. Un technicien lui a conseillé, s’il pleure, de lever les yeux pour que la caméra puisse fixer les larmes. Le numéro d’acteur de Robin Williams, pris entre les larmes de désespoir pour son fils mort qu’il n’a jamais su comprendre et le rire pour la situation absurde dans laquelle il se trouve, est magnifique.

La bibliothèque du lycée va être dédiée à la glorieuse mémoire de Kyle Clayton. C’est le moment que choisit Lance pour retirer son masque.

Photo du film « World’s Greatest Dad ».

Charlie

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Charlie est ce personnage anonyme de Martin Hanford qu’il faut reconnaître dans une foule immense.

Charlie arrive chaque matin à 8h00. Comme il vient au bureau en voiture et que la circulation dans une grande ville est imprévisible, on peut se demander s’il ne patiente pas sur un parking voisin jusqu’à ce que sonne l’heure juste. Il dépose son cartable à ses pieds, en extrait une bouteille d’eau, ouvre son ordinateur. Son rôle est de payer des factures. Il le fait avec application, pas trop vite, mais aussi sans perdre du temps à faire la conversation. Il feuillette des documents, les vérifie, en saisit le contenu à l’écran, les tamponne et les classe. Il travaille ainsi pendant quatre heures et trente minutes. Il prend alors la pause règlementaire de quarante cinq minutes, à son poste de travail, avec un sandwich. Il se consacre à faire des réussites sur son ordinateur.

L’après-midi se déroule sur le même mode : factures, tampon, écran, factures, tampon, écran. A 16h30 précises, Charlie quitte son poste, sans un au-revoir à ses collègues.

Charlie est en fin de carrière. A le voir, me viennent à la bouche les paroles de la chanson de Jean Ferrat sur les jeunes femmes qui, mariées jeunes et mères de famille, n’ont d’autre horizon que leur cuisine  et leur buanderie :

Faut-il pleurer, faut-il en rire ?

Fait-elle envie ou bien pitié ?

Je n’ai pas le cœur à le dire

On ne voit pas le temps passer.

Illustration : Charlie, le voyage fantastique

Gauguin faiseur de mythe

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La Tate Modern de Londres présente une exposition intitulée « Gauguin, maker of myth » (faiseur de mythe).

Paul Gauguin s’est à plusieurs reprises inventé un destin : adolescent, il s’embarque à bord de navires ; adulte, il mène une existence bourgeoise d’agent de change et de père de famille ; passionné de peinture, il considère la crise financière et son licenciement de la bourse comme une aubaine et embrasse la vie d’artiste ; il part vivre à Tahiti puis, trouvant Tahiti trop occidentalisé, dans une île des Marquises.

L’exposition montre comment Gauguin a sans cesse inventé des mythes. Le mythe de l’artiste bohême le conduit à prêter ses traits au Christ dans le jardin de Gethsémani. Le mythe d’une religion primitive à Tahiti l’amène à peindre un temple imaginaire et à le décorer de motifs relevés dans un musée. Une partie de sa motivation était commerciale : les mythes et l’exotisme faisaient vendre, c’était un bon positionnement sur le marché de l’art.

Mais la mythomanie de Gauguin fut aussi un formidable levier pour son génie artistique. Pour donner à voir un autre monde au-delà du monde visible, il simplifia les formes et inventa un nouvel usage des couleurs. Fait rare pour un occidental à son époque, il s’immergea totalement dans la culture tahitienne.

L’exposition présente de nombreuses toiles, parmi les plus connues et les plus remarquables du peintre, réalisées à Pont Aven, à la Martinique, à Tahiti et aux Marquises. J’y ai découvert un autre aspect de l’œuvre de Gauguin, ses sculptures qui rendent sensible sa personnalité torturée et sa passion pour la femme.

Illustration : Paul Gauguin, Merahi Melena No Tehamana, présenté à l’exposition « Gauguin, Maker of Myth » de la Tate Modern.

La Partie

 

Le Palace Theatre de Watford vient de présenter une pièce consacrée au football professionnel, datée de 1913.

La pièce d’Harold Brighouse intitulée « The Game » a pour cadre une ville du nord de l’Angleterre. Au bord de la faillite, Austin Whitworth, propriétaire du club Blackton Rovers, vient de vendre à une équipe rivale son avant-centre vedette, Jack Metherell. Une partie décisive va se jouer entre ces deux équipes, avec pour enjeu pour Blackton le maintien en première division ou la relégation.

Austin (Barrie Rutter, qui est aussi metteur en scène de la pièce) tente d’obtenir de Jack (Phil Rowson) qu’il fasse perdre sa nouvelle équipe. Il ne manque pas d’arguments. Sa fille Elsie (Catherine Kinsella) vient de lui déclarer son intention d’épouser Jack. Ce serait une énorme mésalliance, bourgeoisie contre classe ouvrière. Jack est déchiré entre son amour pour Elsie et sa conscience.

Elsie n’a peur de rien. Enthousiaste, amoureuse, elle ne se laisse impressionner ni par son père, ni par son oncle, un avocat londonien appelé à la rescousse pour négocier la corruption. Elle ne se laisse pas troubler par le bras cassé de Jack pendant la partie décisive : accident ou application du pacte de corruption ?

Elsie abat tous les obstacles et se trouve finalement face à face avec Mrs Metherell (Wendi Peters), la mère de Jack. C’est une formidable matrone, inamovible dans son parler prolétarien et son assise de forteresse. La petite bourgeoise délurée et décidée comprend qu’entre elle et son homme, il y aurait toujours cette femme formidable. Au bras de son oncle, elle part pour Londres.

La pièce se situe à une époque révolue, où les joueurs professionnels étaient des ouvriers méprisés et exploités par leurs patrons, loin du statut de stars médiatiques d’un David Beckham ou d’un Wayne Rooney. Malgré ou à cause de son ambiance désuète, elle mérite bien le sous-titre de son affiche : une brillante comédie du Nord sur l’amour, l’honneur, la classe sociale…

Illustration : affiche de « The Game ». La troupe est en tournée en Angleterre jusque fin novembre : http://www.northern-broadsides.co.uk.