La visite de la collection Bemberg dans l’Hôtel d’Assézat à Toulouse m’a donné envie d’en savoir plus sur le collectionneur. J’ai lu la biographie publiée par Anne Sauvageot en 2023 aux Éditions Privat : « Georges Bemberg, un collectionneur à la croisée des arts ».
Jorge Bemberg (devenu Georges tardivement) et né en 1915 dans une famille très fortunée, qui se partageait entre Paris – il est enterré dans le caveau familial au Père Lachaise) et Buenos Aires. Il ne s’impliqua jamais dans les affaires familiales, mais bénéficia toute sa vie d’un train de vie confortable, qui lui permit de voyager à sa guise et d’acheter des œuvres d’art.
Il passa son enfance en Argentine, mais à l’adolescence s’y sentit captif et éprouva le besoin de prendre le large. « Il fut un temps, écrit-il dans Mal du sud, où je faisais partie du pays. Mon corps s’accordait avec la terre. J’étais fier de me sentir enraciné. Nulle autre vie n’aurait été souhaitable. Un jour, pourtant, je dus convenir de mon abandon : une torpeur botanique prenait le plus clair de mes journées. Je me contentais de vivre par procuration. Je m’identifiais à des êtres mirifiques que je faisais défiler devant moi. Mais le cortège n’avait que trop duré. Il fallait passer à l’action. Pour bien faire, je devais fuir le pays, ne fût-ce que pour échapper à la satiété qui engourdit les espèces. »

C’est à New York qu’il s’enfuit en 1941 pour étudier à Harvard la littérature comparée anglaise et française. Il fréquenta la musicienne Nadia Boulanger et envisagea une carrière de pianiste et de compositeur. Mais c’est vers l’écriture qu’il se tourna finalement ; il publia des romans (en français) et des pièces de théâtre (en anglais).

Sa vie se partagea après la seconde guerre mondiale entre Paris, où il posséda un appartement dans le quartier latin, New York et Buenos Aires. À Paris, il fréquenta le monde intellectuel de la seconde moitié du vingtième siècle. Il se voulut écrivain, mais c’est tant qu’amoureux des arts visuels qu’il laisse son empreinte. À partir de 1987 (il avait alors 72 ans), il réfléchit à un lieu et à une structure capable de gérer la collection accumulée pendant des décennies et de la mettre à disposition du public. Par des amis, il se mit en relation avec le maire de Toulouse, Dominique Baudis, qui cherchait à valoriser l’Hôtel renaissance d’Assézat, dans le centre-ville. La Fondation Georges Bemberg fut inaugurée en 1995, avec des statuts lui permettant de vendre des œuvres appartenant à la collection initiale et d’en acquérir d’autres.
Selon sa biographe Anne Sauvageot, Georges Bembert fut un homme timide et discret, privilégiant les amitiés durables aux mondanités. Il fut surtout généreux, soucieux de transformer ses possessions personnelles en bien commun dans la longue durée. Il décéda à Paris en 2011.
