La Royal Academy of Dramatic Art

La Royal Academy of Dramatic Art (RADA) a organisé du 27 juin au 7 juillet un festival pour présenter ses activités et ses productions.

 L’Académie Royale d’Art Dramatique a été fondée en 1904. Elle forme l’élite des métiers du théâtre, acteurs (28 par promotion), metteurs en scène ou spécialistes de sons, de lumières, de décors ou de costumes. Son festival donne l’occasion au public de découvrir le travail des élèves.

 Le jeune metteur en scène Matthew Monaghan présente Penetrator, une pièce écrite par Anthony Neilson en 1992 dans les mois suivant la première guerre du Golfe, qu’il a adapté au contexte de la guerre d’Afghanistan. Deux jeunes chômeurs, Max et Alan, partagent un appartement délabré, entre alcool, drogue, revues porno. Deux petits nounours occupent le centre de leur logement et symbolisent leurs fantasmes sexuels, hétéro pour Max, que sa petite amie vient de quitter, homo pour Alan. Leur vie tranquille, parfois minable, parfois drôle, est bouleversée par l’arrivée impromptue d’un ami d’enfance qui vient d’être réformé de l’armée. Tadge a vécu en Afghanistan une expérience effrayante : il se croit poursuivi par une conspiration de « Penetrators » qui veulent l’assassiner. Il croit reconnaître en Alan un membre clandestin de la secte. Dans une scène interminable, il menace de l’égorger pendant que Max tente de le convaincre de lâcher le couteau. C’est alors que Tadge s’effondre et avoue son amour pour Max. Les Penetrators de l’Armée Britannique ne sont-ils que le reflet inversé de la répression que la société fait peser sur les homosexuels ? La mise en scène de Monaghan exprime avec force le couvercle de plomb qui pèse sur les désirs, rend inévitable des explosions de violence, de sang et de sexe et rend les personnes incapables d’aimer vraiment.

 Une autre pièce présentée au RADA festival est « Chelsea Hotel », écrite par Lucy Shaw et mise en scène par Stephen Darcy. Mag, une jeune serveuse de 19 ans emménage dans un nouveau studio. Elle est perdue dans la vie. Un jour, elle rencontre dans la rue une mendiante et la ramène chez elle. Celle-ci est une toxicomane ravagée par le remords de ne pouvoir s’occuper de son jeune enfant. La famille de Mag se met en travers de cette relation. Comme dans « Penetrator »,  le couvercle de plomb de l’homophobie étouffe les protagonistes. Mais à l’inverse de Penetrator, les deux femmes ont vécu une brève mais véritable relation d’amour, et celle-ci est porteuse de rédemption.

 Mon amie Bridget vient d’occuper à RADA une fonction consistant à faire connaître l’Académie et développer son chiffre d’affaires commercial. Les potentialités sont considérables. L’Académie sélectionne les meilleurs, définit avec eux des parcours individuels, exploite leurs caractéristiques psychologiques les plus profondes, les amène à transcender leurs limites. Elle a accumulé un savoir-faire unique qu’elle valorise déjà dans des formations et des parcours de coaching pour le développement personnel, la construction d’équipe, la mise en scène de projets d’entreprise. Cette soirée de festival prouve que les opportunités sont considérables.

The Real Thing

 

Geral Kyd (Henry) et Marianne Oldham (Annie) dans The Real Thing

Le Palace Theatre de Watford vient de présenter une pièce écrite par Tom Stoppard en 1982, « The Real Thing ».

 Tom Stoppard, né en 1937 en Moravie et émigré eux ans plus tard dans les possessions de l’Empire Britannique pour fuir les persécutions nazies, est un dramaturge connu en Grande Bretagne. Il a en particulier coécrit le scénario du film Shakespeare in Love.

 Dans « The Real Thing » (la Réalité), c’est aussi un dramaturge, Henry, qui s’efforce de vivre sa vie de la manière la plus honnête, ou la plus romantique, possible. Le premier acte nous montre la rupture avec sa première femme, Charlotte, qui le trompait effrontément, et le début de sa relation avec Annie. Dans le second acte, Annie à son tour confesse une relation extraconjugale mais jure à Henry son amour, non exclusif.

 Quelle est la réalité de l’amour d’un homme et d’une femme ? Annie comme Charlotte est comédienne. La première scène est « une pièce dans la pièce », Charlotte jouant le rôle de l’infidèle ; plus tard, dans le deuxième acte, nous verrons aussi Annie répétant un dialogue avec un homme qui est aussi son amant. Ce jeu de miroir entre les personnages eux-mêmes et les personnages jouant comme comédiens, brouille la carte des relations. « Are you all right ? » – « est-ce que tu vas bien ? » revient comme un refrain obsessionnel : jouent-ils à l’amour ? Aiment-ils vraiment ?

 Annie milite pour la libération d’un militant, Brodie. Celui-ci écrit des textes politiques que Henry juge dénués de talent. Il compare le métier du dramaturge à une batte de cricket : elle est capable de projeter une balle à des centaines de mètres avec une accélération formidable. Le mauvais écrivain est celui qui se sert d’une batte comme d’un vulgaire morceau de bois.

Thriller Live

Thriller Live. Photo The Guardian

Le Lyric Theatre de West End à Londres donne une comédie musicale, « Thriller Live », en hommage à Michael Jackson.

 Comment rendre hommage à un artiste exceptionnel en utilisant de bons acteurs, chanteurs et danseurs, sans que la différence de qualité saute aux yeux ?

 Thriller Live n’échappe pas à ce risque. Le début de la comédie musicale met en scène un adolescent censé figurer Michael lorsqu’il faisait ses débuts avec les Jackson 5. Mais la médiocrité du gamin saute aux yeux : il chante juste et danse correctement, mais on ne peut croire un seul instant qu’il sera plus tard le roi de la pop music. Les interventions pesantes d’un récitant insistant sur les dizaines de millions d’albums vendus accentuent un sentiment de malaise.

 La seconde partie du spectacle fait oublier l’impression de gâchis que donnent les premières scènes. C’est à un concert de Michael Jackson que l’on assiste qui, peu à peu, nous entraîne dans son rythme endiablé. La comédie musicale suit un fil chronologique, et les dernières chansons et chorégraphies révèlent Jackson au sommet de son art. Les acteurs sont des hommes et des femmes qui, par la multiplicité de leurs talents, parviennent à produire le kaléidoscope des facettes du génie de l’artiste.

 La mise en scène, les costumes, les lumières, sont fortement sexualisés. C’est au fond assez étrange pour rendre hommage à un personnage dont le positionnement était l’ambiguïté, androgyne, ni noir ni blanc, lunaire.

Desert Crossings

Desert Crossings

Le Palace Theatre de Watford vient de programmer « Desert Crossings » (traversées du désert), une chorégraphie du Sud-Africain Gregory Magoma sur une musique originale de Steve Marshall.

 Desert Crossings est produite par State of Emergency, une compagnie britannique qui promeut le théâtre africain. L’ambition de Magoma est d’évoquer par la danse l’inexorable dérive des continents au long des temps géologiques, qui sépare par des milliers de kilomètres les côtes de la Namibie et du sud de l’Angleterre, pourtant si semblables. L’aventure humaine, la musique, les corps en mouvement, sont capables de réunir ce que les forces telluriques ont distancié.

 C’est bien de forces telluriques qu’il s’agit au début du spectacle. Les cinq danseurs sont agités de spasmes qui parcourent leurs corps jusqu’au bout des doigts. « Desert Crossings, dit Magoma, crée un voyage au milieu de vastes déserts, des mers et des montagnes et est un paysage où le physique et le métaphysique, le corporel et le spirituel, le céleste et le spirituel, fusionnent.

 La bande sonore crée une atmosphère d’étrangeté : le bruit d’un ruisseau, un ouragan, des murmures, un rythme de batterie, du silence, des battements de pieds. Les danseurs sont comme habités par une force qui vient du fond des millénaires et offrent une performance d’une intensité exceptionnelle.