Referendum sur le mode de scrutin en Grande Bretagne

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Les Britanniques sont appelés le 5 mai à un referendum sur le mode de scrutin.

Bien que le referendum soit une rareté en Grande Bretagne, celui qui est convoqué pour le 5 mai n’a pas jusqu’à présent suscité l’enthousiasme. Le séisme au Japon et la guerre en Libye lui ont volé la vedette ; et le sujet lui-même est difficile à comprendre.

Le referendum est l’un des points du programme du gouvernement de coalition entre Conservateurs et Libéraux Démocrates sorti des urnes il y a un an. Les Libéraux Démocrates sont favorables au scrutin proportionnel, qui leur donnerait au Parlement une représentation bien plus forte. Comme première étape, ou comme moindre mal, ils proposent une reforme limitée du mode de scrutin actuel qui, selon une allégorie hippique, désigne comme vainqueur le premier qui passe le poteau.

Actuellement, les électeurs votent par circonscription en un tour de scrutin. Un député peut être élu avec 25% ou 30% des voix, dès lors que son poursuivant immédiat recueille moins de voix. Si le referendum sur l’Alternative Vote (AV) est adopté, les électeurs classeront les candidats par ordre de préférence. Si un candidat obtient plus de 50% des votes exprimés, il est élu. Si ce n’est pas le cas, le candidat arrivé en dernière position est éliminé, et les seconds choix attachés aux votes qu’il a recueillis sont ajoutés aux voix des autres candidats. Cette opération continue jusqu’à ce qu’un des candidats dépasse le seuil de 50% des voix.

On estime qu’à l’élection de 2010, environ 45 sièges auraient échappé à leur actuel titulaire, dont une bonne trentaine au profit des Libéraux Démocrates. Les grands perdants auraient été les Conservateurs, qui auraient perdu plus d’une vingtaine de sièges au profit des Libéraux Démocrates ou des Travaillistes.

Il faut bien reconnaître que, à l’échelle des 650 circonscriptions, un tel déplacement serait mineur et qu’il ne renforcerait que marginalement la position des Libéraux Démocrates. Ceux-ci estiment toutefois que le comportement des électeurs changerait. Dans la dialectique choisir / éliminer, le mode de scrutin actuel privilégie le second terme ; l’AV devrait inciter les électeurs à choisir plus qu’à éliminer. A terme, les Libéraux Démocrates y gagneraient. On peut même penser que d’autres mouvements, comme les Verts, représentés aujourd’hui par une seule députée, pourraient augmenter leur représentation. En revanche, le British National Party, homologue du Front National français, est hostile à la réforme, qui favoriserait des formations plus modérées. Le Parti Travailliste quant à lui est divisé sur le sujet : son leader, Ed Milliband, est favorable à la réforme alors que de nombreux députés de son parti s’y opposent.

L’AV est un sujet complexe. Beaucoup d’électeurs s’abstiendront. Certains voteront « oui » pour punir Cameron (Conservateur) de sa politique d’austérité, d’autres « non » pour punir Clegg (Liberal Democrate) de son alliance avec les Conservateurs. Pour ces raisons, l’issue du scrutin est incertaine.

Photo « The Guardian »

Action pour le Bonheur

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Le mouvement « Action pour le Bonheur » (Action for Happiness) a été lancé au Royaume Uni le 12 avril. Son directeur, Mark Williamson, explique son positionnement et son programme dans le quotidien The Guardian.

Fondé par des chercheurs en sciences sociales dont Richard Layard, professeur à la London School of Economics, Action for Happiness se présente comme un mouvement de masse pour le changement social. « Il se base sur une idée simple, qui est que si nous voulons une société plus heureuse, nous devons dans nos propres vies donner priorité à ce qui compte vraiment, y compris le bonheur de ceux qui nous entourent. »

Action for Happiness dénonce une société certes devenue plus prospère, mais aussi « de plus en plus concurrentielle et égoïste, avec une culture qui nous encourage à poursuivre la richesse, l’apparence, le statut et l’avoir au dessus de tout le reste. Dans les années soixante, 60% des adultes en Grande Bretagne disaient qu’ils croyaient qu’on peut faire confiance à la plupart des gens. Aujourd’hui le chiffre tourne autour de 30%. »  Il est urgent de combattre l’épidémie de solitude et d’isolement dont souffre le pays.

Le modèle du Mouvement est le Danemark. « Si la Grande Bretagne se hissait à son niveau,  2,5 millions de personnes de moins seraient malheureuses, et 5 millions de personnes de plus seraient très heureuses. » La recette : « des familles aimantes, des amitiés proches, une bonne conscience de soi-même, de forts liens communautaires, faire des choses pour les autres, rester actif  et avoir d’une certaine manière un but plus large pour sa vie. » Et pour y arriver, des actions pratiques telles que « trouver chaque jour des choses dont on est reconnaissant, même si elles sont petites ; essayer quelque chose de nouveau ou de différent ; et rechercher ce qui est bien dans les autres ».

Le mouvement affirme avoir une base scientifique, la science du bonheur. Il rejoint en ce sens les préoccupations de gouvernements, notamment ceux de Grande Bretagne et de France, qui veulent mesurer l’état de bonheur de la population. Transhumances avait évoqué ces projets le 9 janvier 2011 dans un article intitulé « bonheur national brut ».

Mark Williamson reconnaît que « à un moment où les familles et les communautés sont confrontées partout au Royaume Uni à des difficultés économiques, une sécurité de l’emploi incertaine et des coupes budgétaires sauvages, parler du bonheur peut sembler aller à contresens. » En effet, les critiques, tels John Grace, lui aussi dans The Guardian, estiment que ce n’est pas le moment : « dans une période de coupes budgétaires, je peux voir l’intérêt de se centrer sur les espaces de sa propre vie sur lesquels on peut exercer un certain contrôle. Mais cette poursuite du bonheur personnel est une distraction des causes réelles du malheur. Je suis prêt à parier que si les Danois sont si heureux, c’est qu’ils ont moins de pauvreté, moins d’inégalité et plus de mobilité sociale, et pas parce qu’ils méditent en plus grand nombre. Et la pauvreté, l’inégalité et la mobilité sociale peuvent être quantifiées. »

Dans le même sens, Simon Jenkins affirme que le bonheur a une forte dimension sociale et politique. Les gouvernements, dit-il, savent pertinemment ce qui rendrait les gens heureux, comme construire des hôpitaux à taille humaine au lieu de faire la course à la concentration et au gigantisme, ou abroger la loi sur les drogues de 1971 au lieu criminaliser les utilisateurs.

La science du bonheur en est encore à ses balbutiements. Happiness (bonheur) est un concept voisin de flourishing (épanouissement) et wellbeing (bien-être). Il est né pendant le Siècle des Lumières et est mentionné dans la Déclaration d’Indépendance américaine. Le droit au bonheur s’est imposé contre les religions, qui le reconnaissait dans l’autre monde mais le niait au monde des vivants. Action for Happiness associe bonheur et altruisme. Ce faisant, le Mouvement laïcise ce que les religions désignent par « charité ». En ce sens, il constitue une initiative bienvenue !

Photo « transhumances »

Cambridge

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Cambridge, l’une des capitales intellectuelles d’Europe depuis le treizième siècle, est un lieu d’excursion particulièrement agréable par une belle journée de printemps.

Une trentaine d’universités (« colleges ») accueillent des étudiants du monde entier. Cambridge est une ville jeune qui se déplace sur deux roues et affiche une multitude de concerts, de conférences et d’événements culturels. Les plus anciennes universités, King’s, Trinity, Clare, St John, bordent la rivière Cam. Après avoir visité la ville et ses monuments à pied, il est bon de s’embarquer sur une barge à fond plat. Une ravissante batelière fait adroitement glisser l’embarcation sous les ponts étroits et entre les barges désorientées que les skippers du dimanche ne savent contrôler. L’air est chargé de parfums. Les pelouses, les monuments, la surface sombre de la Cam offrent un joli dégradé de couleurs.

La chapelle de King’s College est, comme l’Abbatiale Saint Ouen de Rouen que nous avons visitée la semaine dernière, l’une des dernières églises construites en style gothique. L’abondance de la décoration de la voûte et la richesse des vitraux contraste avec la simplicité et la verticalité de l’édifice. Dans une chapelle latérale, un mur énonce les noms de dizaines d’étudiants de Cambridge morts pendant la Grande Guerre ; sur le mur perpendiculaire est gravé un seul nom, à consonance hongroise, celui d’un étudiant ayant combattu dans le camp ennemi.

Les jardins de Clare College, comme ceux de Magdalene College un peu plus loin, offrent un espace paisible en bordure de rivière, avec une pelouse impeccable et des massifs de fleurs.

St John College est surtout connu pour son « pont des soupirs » inspiré de celui de Venise. Dans l’église, je remarque le tombeau d’un des premiers professeurs du collège, Hugh Ashton, mort en 1522.  Deux gisants sont superposés. La sculpture du niveau inférieur présente le corps d’Hugh émacié et souffrant ; celle du niveau supérieur le montre en habit de cérémonie, priant dans l’attente de la résurrection.

L’église du Saint Sépulcre est la plus ancienne de Cambridge et fut construite après la première croisade sur le modèle de l’église du tombeau du Christ à Jérusalem. Nous avons vu ailleurs en Europe des églises semblables, en particulier à Ségovie et Mantoue.

Photo « transhumances »

La gestion du chaos monétaire

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La réforme du système monétaire international est l’un des objectifs de la présidence française du G20. Mais existe-t-il vraiment un système monétaire international ? Et est-il réformable ?

Dans le cadre de la présidence du G20, l’Ambassade de France en Grande Bretagne organise un cycle de conférences sur le thème « le G20, une révolution silencieuse dans la gouvernance mondiale ». L’une de ces conférences, en partenariat avec le Financial Times dans les locaux du journal, était consacrée à la réforme de la régulation financière et du système monétaire international.

Les intervenants s’accordèrent sur le diagnostic. Le monde est en train de changer à une vitesse accélérée. La Chine, d’autres pays asiatiques et le Brésil croissent à marche forcée. Comme ces pays n’ont pas confiance dans le système monétaire international, ils accumulent de gigantesques réserves qui constituent une menace pour l’équilibre mondial. Se référant à l’ancien étalon or, Jacques de Larosière énonça les caractéristiques d’un vrai système monétaire international : les monnaies sont convertibles, il y a un mécanisme d’ajustement automatique lorsqu’un pays dérape et il n’y a pas de marge de négociation. Si l’Etat émetteur de la principale devise, le dollar, refuse de se soumettre à une discipline commune, si les autres Etats sont libres de laisser flotter leur monnaie ou, comme la Chine, d’appliquer un taux fixe avec le dollar, ce n’est pas d’un système monétaire, mais d’un chaos monétaire qu’il faut parler.

Des progrès ont été accomplis récemment en élargissant les compétences et les ressources du fonds monétaire international, mais on est loin du compte. Les intervenants à la conférence semblaient avoir fait leur deuil d’une vraie réforme. Ils reportaient leurs espoirs sur une amélioration concertée de la gestion prudentielle des banques. Il s’agit en particulier de tenir sous contrôle la taille du bilan des banques et leur capacité de création monétaire par le crédit. La Banque des Règlements Internationaux à Bâle tend à accroître le capital que les banques doivent détenir pour garantir leurs engagements. D’autres sujets sont sur la table : la séparation des banques de détail et des banques d’investissement, les bonus des traders, les agences de rating. Les intervenants à la table ronde soulignèrent le risque que, sous la pression du lobby des banques, le mouvement de réforme s’essouffle. C’est bien ce qui se passe en Grande Bretagne. Le rapport intérimaire de la Commission Vickers sur la Banque tourne le dos à une séparation entre ce que le Parti Libéral Démocrate appelait « la banque casino » et la « banque de service ». Il y a quelques semaines, le dialogue entre banques et Gouvernement baptisé « Projet Merlin » se limitait à un code de bonne conduite, en particulier sur les bonus.

L’animateur du débat, le journaliste du Financial Times Martin Wolf, par ailleurs l’un des membres de la Commission Vickers, semblait s’accommoder du chaos : « quand on voit la gravité et la violence de la crise, on s’en est sorti remarquablement bien », remarquait-il. On sentait chez Jacques de Larosière une profonde frustration de ne pouvoir mettre plus de rationalité dans les relations économiques internationales. Plus qu’une divergence sur le fond, leur désaccord était culturel : pragmatisme d’un pessimiste tout étonné d’être encore en vie du côté de l’Anglais, dépit d’un idéaliste cartésien face à la mauvaise volonté des faits et des chiffres du côté du Français.

Photo « transhumances » : la City à Londres