Another Year

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Le film de Mike Leigh « Another Year » nous raconte quatre saisons de la vie d’un couple anglais de la classe moyenne et de leurs proches.

Tom (Jim Boradbent), ingénieur géologue, et son épouse Gerry (Ruth Sheen), psychologue dans un cabinet médical, vieillissent ensemble avec bonheur. Ils habitent une maison mitoyenne typique de la banlieue de Londres. Leur plaisir, c’est de cultiver un potager dans un jardin ouvrier à quelques kilomètres de là. Lorsqu’il pleut, ils partagent un sandwich et un thermos de thé sous un abri de planches.

Professionnellement, Gerry assiste des personnes en situation difficile. Dans les premières scènes du film, une femme vient consulter pour une insomnie chronique ; priée d’indiquer sur une échelle de 1 à 10 son niveau de satisfaction dans la vie, elle répond sans hésiter « 1 » !

Personnellement, Gerry et Tom ont la main sur le cœur. Ils accueillent volontiers Mary (Lesley Manville), une collègue de travail de Gerry. Elle a environ 45 ans, est divorcée et est terrorisée par la marche inexorable de l’horloge biologique. Elle n’arrive pas à construire avec un homme une relation stable et les actes simples de la vie, comme acheter une voiture d’occasion, tournent inévitablement au désastre. Mary s’accroche à Joe, le fils de ses amis ; lorsque Joe présente sa fiancée, Mary est catastrophée.

Il y a aussi Ken, que la proximité de la retraite plonge dans l’angoisse bien qu’il exerce un travail sans intérêt, et qu’il s’abime la santé dans la nourriture et l’alcool ; et Ronnie, le frère de Tom, sidéré par le décès de son épouse et l’échec de sa relation avec son fils révolté.

Le film est construit autour du potager au printemps, en été, en automne et en hiver. Au fil de l’année, la détresse de Mary s’aggrave. La dernière scène la montre longuement, hagarde à la table familiale de Tom et Gerry, alors que la conversation tourne autour de mirifiques destinations touristiques.

« Another Year » m’a touché. Il évoque de manière si juste l’Angleterre d’aujourd’hui que je me suis imaginé sentir l’odeur de la soupe et des toasts de Gerry et Tom ! Il me rappelle une époque où nous rêvions de communautés fraternelles dans lesquelles les exclus seraient accueillis à notre table. Le film est pessimiste : la charité de Gerry et Tom semble inopérante au mieux, condescendante au pire.

Photo du film « Another Year ».

Tom Lubbock

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Le  caricaturiste, collagiste et critique d’art Tom Lubbock est décédé le 9 janvier d’un cancer au cerveau à l’âge de 53 ans. Il avait raconté sa perte progressive du langage dans un poignant article publié par The Observer.

« Transhumances » a rendu compte du témoignage de Tom Lubbock le 18 novembre sous le titre « quand les mots m’ont lâché. » Dans The Guardian du 11 janvier, Kevin Jackson écrit la nécrologie de son ami Tom.

Il souligne son humour, illustré dans le collage reproduit ici et réalisé en 2002 : la carte administrative du monde se lit comme la juxtaposition de « ciels » et « d’enfers », une jolie représentation de la philosophie politique de « l’axe du mal ».

Kevin Jackson cite les derniers mots de l’article « when the words failed me », « quand les mots m’ont lâché » :

« The final thing. The illiterate. The dumb.

Speech?

Quiet but still something?

Noises?

Nothing?

My body. My tree.

After that it becomes simply the world. »

« La chose finale. L’illettré. Le muet. / Langage ? / Tranquille, et pourtant quelque chose ? / Des bruits ? / Rien ? / Mon corps. Mon arbre. / Après cela il devient simplement le monde. »

 

Illustration tirée de The Guardian : collage par Tom Lubbock

La Chine au secours de l’Euro

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La Chine a fait connaître son intention de soutenir l’Euro. Ceci la fait indiscutablement apparaître comme une puissance économique mondiale.

En novembre dernier, le Président chinois Hu Jiantao a fait un voyage officiel dans deux pays européens, la France et le Portugal. Pourquoi avoir choisi le Portugal, pays de dix millions d’habitants loin du niveau de prospérité moyen de l’Union Européenne ? L’ancienne colonie portugaise en Chine, Macau, est aujourd’hui transformée en casino géant et ne justifie probablement pas une telle attention !

La récente visite du vice premier ministre, Li Keqiang, en Espagne et dans d’autres pays européens, permet de mieux comprendre le surprenant détour par Lisbonne de son président. La Chine ne veut pas que l’Euro explose. Pour la sécurité de ses réserves en devises, elle ne veut plus les investir seulement en dollars. Elle achète d’ores et déjà des milliards d’euros de dettes des pays les plus fragiles de la zone Euro, dont le Portugal, et on estime qu’elle détient déjà 10% de l’ensemble de la dette nationale émise par l’Espagne. La Chine a besoin d’alliés dans le bras de fer qui l’oppose aux Etats-Unis, qui l’accusent de sous-évaluer systématiquement sa monnaie, le renminbi : elle présente le Portugal et l’Espagne comme ses « meilleurs amis ».

La Chine est aussi intéressée par les connexions de l’Europe avec les pays en développement. Li Keqiang a ainsi signé à Madrid un accord pour la vente de 40% du capital de la filiale du pétrolier espagnol Repsol au Brésil. La visite au Portugal s’inscrit dans la même logique. La Chine est un investisseur important en Angola et le premier importateur de biens produits au Brésil : or, les milieux d’affaires portugais sont particulièrement bien introduits dans ces deux pays.

La Chine avance ses pions sur l’échiquier économique mondial. C’est bon pour l’Euro et pour la croissance en Europe. A terme, c’est le basculement à l’est du pouvoir financier qui se confirme.

Photo : le président chinois Hu Jiantao et le premier ministre portugais José Socrátes à Lisbonne en novembre 2010.

Christ College à Oxford

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La visite de Christ Church College à Oxford offre un magnifique panorama de l’histoire, de la culture et de l’art anglais.

Le College a été créé par Thomas Wolsey, Ministre d’Henry VIII au début du 16ième siècle. J’ai évoqué ce personnage considérable dans mes chroniques « Wolf Hall » et « Hampton Court ». L’immense salle à manger, avec ses rangées de tables en bois où les étudiants prennent place tandis que les enseignants leur font face sur une estrade, date de 1529. De nombreux tableaux évoquent les personnalités marquantes de l’Université, en particulier John Wesley, le fondateur du Méthodisme, et Charles Dodgson (Lewis Carroll), l’auteur d’Alice au pays des merveilles.

La cathédrale est antérieure au Collège. Sa structure est romane, bien que la splendide voûte soit de style gothique flamboyant (vers 1500). Elle conserve le tombeau de Sainte Frideswide (650 – 727). Oxford a choisi comme sainte patronne une femme redoutable, capable de faire front aux rois. C’est un point commun avec Paris, qui vénère Sainte Geneviève, de deux siècles l’aînée de Frideswide. L’église a été embellie au cours des siècles. On y admire en particulier de beaux vitraux du préraphaélite Edward Burne-Jones. Une touchante statue en bois de la vierge et une crèche à base de personnages stylisés par les tissus qu’ils vêtent sont la contribution de l’époque moderne.

Le porche de la cathédrale ouvre sur une vaste esplanade carrée, le « Tom Quad », fermée en 1681 par une élégante tour, œuvre de l’architecte de la Cathédrale Saint Paul à Londres, Christopher Wren. Au centre de l’esplanade s’élève une statue de Mercure, le dieu aux pieds ailés. En cette période de fêtes, il a été coiffé d’un amusant bonnet rouge.

Photo « transhumances ».