Studio d’enregistrement dans une prison au Cameroun

Le site Internet de la BBC a récemment consacré un article à Jail Time Records, un studio d’enregistrement installé au cœur de la prison de Douala au Cameroun, et dont le périmètre d’action s’étend maintenant à la périphérie de Douala et à la prison d’Ouagadougou.

La prison New Bell de Douala compte près de cinq mille détenus, quatre fois plus que sa capacité. En 2018, Dione Roach, une artiste visuelle italienne installée à Douala a eu l’occasion de travailler au sein de la prison. Elle y a fondé, avec Steve Happi, Jail Time Records, dont le nom signifie « les disques d’un temps de prison ». « À l’époque, lit-on sur le site du studio, Happi était incarcéré et a joué un rôle déterminant dans la construction du studio, devenant le premier à le diriger depuis l’intérieur. »

Jail Time Records se définit comme un label de musique à but non lucratif, « Aujourd’hui, le projet fonctionne comme un label multimédia et une plateforme culturelle pour les communautés marginalisées et insuffisamment desservies, ainsi que pour les personnes touchées par l’incarcération. »

 « Dédié à identifier et promouvoir les talents, soutenir la réinsertion sociale et remettre en question la stigmatisation liée à l’emprisonnement, Jail Time Records apporte visibilité et outils concrets à une partie de la société trop souvent réduite au silence et sous-représentée. Pour les artistes vivant la dure réalité de l’enfermement, la musique devient un moyen de continuer à créer, à résister et à croire en une seconde chance. »

Au sein de la prison New Bell, Jail Time Records a créé des concerts et des chorégraphies. « Au fil des années, des centaines d’artistes ont fréquenté le studio, créant des milliers de chansons couvrant l’afro, le hip-hop, le R&B, la musique traditionnelle et le gospel. »

Jail Time Records cherche étendre son périmètre au-delà de la prison. Il a ainsi réalisé un studio mobile à la rencontre des jeunes vulnérables des quartiers marginalisés de Douala, dans le cadre d’un programme de prévention contre la violence des jeunes, les activités de gangs et l’abus de drogues.

Réalisé par Diane Roach et Steve Happi, un film portant le nom du studio a obtenu le prix du meilleur documentaire au festival Tribeca de New York en juin 2026. « Tourné sur six ans à l’intérieur de la Prison New Bell à Douala, au Cameroun, le film suit Stone, Transporteur et Empereur, trois artistes incarcérés liés au premier studio d’enregistrement construit à l’intérieur d’une prison africaine. »

Steve Happi

Le jury du festival a déclaré :  « de temps en temps, un film captivant et inattendu surgit de nulle part qui exige simplement d’être vu, et celui-ci est vraiment inoubliable. Ce film raconte l’histoire saisissante d’un studio d’enregistrement musical construit dans les murs d’une prison surpeuplée au Cameroun, en Afrique centrale, qui offre aux personnes incarcérées une voie d’expression créative. Le film est une affirmation indéniable sur le pouvoir transformateur de la musique, en nous rendant témoins de jeunes artistes qui trouvent leur voix dans des circonstances les plus improbables. La cinématographie époustouflante, l’intimité remarquable et l’exécution formelle et brillante du film sont incroyables à voir, sans parler de la musique elle-même, qui est absolument remarquable. Ce film est un cri pour être entendu depuis les profondeurs de l’incarcération, et nous écoutons. »

Nous avons hâte de découvrir sur nos écrans « Jail Time Records ».

Dione Roach

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