L’Odyssée selon Christopher Nolan

« L’Odyssée », film réalisé par Christopher Nolan, a rassemblé 1,8 millions de spectateurs en France lors de sa première semaine de projection en juillet 2026.

Ce film à gros budget (250 millions de dollars) propose ce que seul le cinéma est en mesure d’offrir : du grand spectacle, des émotions, « une expérience brute, intime et sensorielle, accentuée par un montage jalonné d’aspérités et une bande-son enivrante » écrit le chroniqueur de la Voix du Nord.

Les étapes du périple d’Ulysse sont évoquées d’une manière puissante. Le cheval de Troie est hissé en haut d’une dune par des centaines d’hommes. Installé au centre de la ville, magnifique dans son attitude cabrée, il contient dans son ventre Ulysse et ses hommes, prêts à mettre la ville à feu et à sang.

 

Dans une grotte, un immense cyclope se saisit d’hommes venus troubler sa quiétude et les écrase comme des insectes. Un immense tourbillon menace d’engloutir les bateaux d’Ulysse entre Charybde et Scilla. Une sorcière donne à manger aux hommes affamés, mais les avertit que s’ils tuent le bétail, ils ne survivront pas.

Seul survivant, devenu amnésique, Ulysse échoue sur l’île de la déesse Calypso. Celle-ci aimerait le garder auprès d’elle, après des années heureuses passées à ses côtés. Mais elle consent finalement à son retour à Ithaque. Ulysse, déguisé en mendiant, se rend à la Cour, s’assure de la fidélité de sa femme Pénélope et massacre les prétendants à son lit et au trône.

 

J’ai aimé la critique de Culturepoing citée par Allociné. « Christopher Nolan ne modernise pas Homère en le simplifiant ni en le recouvrant d’effets contemporains. Il le modernise en retrouvant ce qui, dans son texte, demeure d’une actualité bouleversante : la difficulté de revenir chez soi après la guerre, le poids du souvenir, la persistance de la culpabilité, l’expérience du temps et la lente reconquête d’une existence ordinaire. »

Dans Transhumances, j’ai rédigé il y a dix ans une recension de la belle traduction de l’Odyssée par le poète réunionnais Lecomte de l’Ile en 1868. Les dieux ont une affection particulière pour les mendiants : « si quelque malheureux vient ici, il nous faut le secourir, car les hôtes et les mendiants viennent de Zeus, et le don, même modique, qu’on leur fait lui est agréable. C’est pourquoi, servantes, donnez à notre hôte à manger et à boire, et lavez-le dans le fleuve, à l’abri du vent. » Il arrive même aux dieux de se déguiser en étrangers : « car les dieux, qui prennent toutes les formes, errent souvent parmi les villes, semblables à des étrangers errants, afin de reconnaître la justice ou l’iniquité des hommes. »

 

Le Serment de Zeus est au cœur de l’interprétation que fait Nolan de l’Odyssée. Zeus impose d’accueillir l’étranger, mais celui-ci soit venir sans arme. Ulysse est rongé de remords pour avoir été reçu par les Troyens caché dans le Cheval, et de les avoir ensuite égorgés et incendiés. Le message que diffuse Nolan est clair : oui à l’accueil des étrangers, non à la guerre. On devine à qui ce message est destiné.

Le casting du film est éblouissant : Matt Damon (dans le rôle d’Ulysse), Anne Hathaway, Clarlis Theron, Tom Holland, Robert Pattison… Mais c’est surtout la mise en scène qui est étourdissante.

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