Mon ami Dominique Allard est mort le 20 août 2026 au terme de quatre-vingt-dix ans d’une vie enracinée en France et ouverte aux quatre vents.
Lorsqu’il y a trente ans, nous avons acheté une maison à Maubuisson, face au lac de Carcans Hourtin, Dominique nous a été présenté par Hélène, sa sœur, une amie parisienne. Son épouse Agnès et lui possédaient une maison de vacances à quelques centaines de mètres de chez nous. Ce fut le début d’une longue et solide amitié. Sa scolarité, comme celle d’Hélène, fut heurtée. Il avait besoin de vent, d’espace, de liberté. Il fut renvoyé de plusieurs institutions, expédié en Angleterre et aussi en Suisse, où son copain s’appelait Juanito. Dans sa récente autobiographie, celui qui deviendra Juan Carlos I d’Espagne raconte qu’il faisait le mur avec Dominique pour aller à la boutique de bonbons.

Dominique ne ressentit jamais autant le besoin de grand air que lorsque, adolescent, il fut interné dans un sanatorium pour soigner une tuberculose. Que faire de sa vie ? On lui suggéra les travaux publics. Bonne pioche : sa carrière comme ingénieur en adduction d’eau et en évacuation des eaux usées lui permit de s’immerger dans le vaste monde : Washington, Pérou, Maroc, Côte d’Ivoire, Libye… Les trois enfants qu’il a eus avec Agnès, Alexandre, Arnaud et Aude – rating triple A – sont nés et ont grandi au contact des cultures du monde.
La conduite, puis la supervision de chantiers révélèrent ses qualités professionnelles : rigueur scientifique, autorité, capacité d’adaptation, goût des autres.
Une fois à la retraite, Dominique s’adonna à sa grande passion, la voile, du Golfe de Gascogne à la mer Égée. Doté d’une magnifique voix grave, il enregistra des livres pour des malvoyants, en prenant soin de conserver un ton neutre pour que l’auditeur reste libre d’y mettre ses propres émotions. Toujours la liberté…
Dominique m’a précédé de treize ans dans la vie. Je l’ai vécu comme une sorte de grand-frère, m’enseignant comme vieillir sereinement. Il me manque.