Fête de Pourim

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 De manière imprévue, nous nous sommes trouvés associés à la fête juive de Pourim, dimanche 20 mars.

Beaucoup de restaurants sont fermés le dimanche dans le quartier des Champs Elysées. Nous en trouvons enfin un ouvert, une pizzeria rue de Berry. La plupart des clients du restaurant sont juifs ; on nous propose une bière fabriquée en Israël. Ce n’est qu’après le déjeuner que je comprendrai le sens du rituel qui prend place.

Un homme habillé de clown psalmodie un passage de la Meguilat Esther (le livre d’Esther dans la Bible). Sous l’empereur Perse Assuérus, la liquidation du peuple d’Israël avait été décidée. Mais la reine Esther, femme d’Assuérus et juive en secret, jeûna et pria avec tout le peuple et le monarque se laissa fléchir. Lorsque le nom de Haman, l’instigateur du massacre, est mentionné dans le chant, les assistants agitent des crécelles et tapent du pied.

La propriétaire du restaurant s’excuse de nous avoir imposé ce rite sans nous en prévenir. Il est vrai que nous ne nous attendions pas, en entrant dans une pizzeria d’apparence banale, à participer à un office religieux, mais je la remercie de nous avoir ainsi donné l’occasion d’une expérience nouvelle. Elle nous remet un dépliant qui explique qu’outre la lecture de la Meguilat Esther, la fête de Pourim implique d’envoyer des cadeaux à des amis, de donner la charité et de prendre le repas de fête ensemble.

Paris est une ville étonnante. Après avoir participé à une fête juive dans un restaurant italien kasher, nous prenons un café au Sir Winston, à deux pas de l’Arc de Triomphe. Nous nous retrouvons dans une ambiance British, confortablement installés dans des fauteuils hors d’âge sous le portrait du roi George VI en grand uniforme.

Illustration tirée de Huffington Post : la fête de Pourim.

Frost Nixon

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Frost Nixon, film de Ron Howard (2008), présente le duel entre un président humilié soucieux de refaire sa réputation et un homme de télévision à la recherche d’un coup sensationnel.

En 1977, l’ancien président Richard Nixon (Frank Langella), qui travaille à son autobiographie, est à la recherche d’une opération médiatique qui lui permette, au-delà des ombres du Watergate qui l’ont poussé à la démission l’année précédente, d’entrer dans l’histoire comme un grand président. Ses conseillers croient l’avoir trouvée : David Frost (Michael Sheen), un animateur britannique de divertissements télévisés, lui propose une série d’interviews sur différents chapitres de sa vie et de sa présidence. Le Watergate ne sera pas mis de côté, mais les domaines dans lesquels Nixon peut se vanter d’un bon bilan auront toute leur place. Pour Nixon et sers conseillers, l’affaire promet d’être bonne : Frost devrait être superficiel et complaisant ; pour ne rien gâcher, le cachet dépassera le demi million de dollars.

Ce ne sera pas si simple. L’objectif de Frost est de réaliser l’interview du siècle, celle qui attirera des centaines de millions de téléspectateurs dans le monde et lui gagnera notoriété et fortune. Pour cela, il faut qu’il obtienne, devant les cameras, ce que ni les juges ni les députés n’ont obtenu : une confession de culpabilité de la part de l’ancien président.

David Frost attaque d’emblée : pourquoi n’avez-vous pas brûlé les cassettes contenant les enregistrements de conversations à la Maison Blanche concernant le Watergate ? Nixon ne se laisse pas désarçonner. Il explique, patelin, que le système d’enregistrement avait été mis en place par le président Johnson et que, par souci de transparence démocratique, il n’avait pas voulu le mettre en cause.

Frost presente d’atroces images de la guerre du Vietnam et du Cambodge. Là encore, Nixon retourne la situation à son avantage : les souffrances des populations civiles étaient dues à l’ennemi communiste !

L’entreprise de David Frost menace d’échouer. Le doute gagne son camp, la série d’émissions ne se vend pas, la faillite morale et financière menace. Nixon semble inébranlable. En réalité, il est fragile. Une nuit, ivre et insomniaque, il appelle Frost et confesse que toute sa vie il a du s’imposer aux gens bien nés sans jamais baisser la garde. Frost reprend courage. Il fait rechercher par son équipe une conversation, non encore publiée, de Nixon avec l’un de ses conseillers, qui démontre qu’il avait été au courant des écoutes au siège du Parti Démocrate plus tôt qu’il ne l’avait publiquement admis.

Lors de la dernière interview, Frost met Nixon dans les cordes. Celui-ci finit par lancer « lorsque le président fait quelque chose, ce n’est pas illégal ». Il vient d’avouer qu’il se sentait au dessus des lois. Après une interruption de séance, il reconnaît qu’il a participé à une obstruction de la justice, qu’il a laissé tomber les Américains. Plus que les mots, c’est son visage ravagé qui exprime son désespoir, et peut-être aussi le soulagement de s’être libéré d’un poids. Frost se définissait comme un « performer », un homme du spectacle télévisuel. Il a gagne son duel contre Richard Nixon.

Photo du film « Frost Nixon » : Frank Langella et Michael Sheen

Adam n’avait pas de parents

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Le quotidien britannique The Independent a consacré le 5 mars un article à la rétractation d’un scientifique musulman, Usama Hasan, qui avait affirmé que la théorie de l’évolution n’était pas incompatible avec le Coran.

Professeur de Physique à l’Université du Middlesex et membre de la Royal Atronomical Society, Usama Hasan avait donné une conférence à la mosquée Masjid al-Tawhid de Leyton, dans l’est de Londres, sur le thème « l’Islam et la théorie de l’évolution ». Il y affirmait que la théorie de Darwin et le Coran étaient compatibles. A la suite de cette conférence, il reçut des menaces de mort. Son père fit afficher en son nom une « clarification et rétractation » ainsi rédigée :

« A la suite de mes affirmations du 15 février au sujet de l’évolution et du voile (hijab), je voudrais affirmer, après avoir réfléchi sur le sujet et pris conseil, que 1- je regrette et retire quelques unes des affirmations que j’ai faites dans le passé, et particulièrement les plus polémiques 2- Je ne crois pas qu’Adam – que la paix soit sur lui – avait des parents 3- Je cherche le pardon d’Allah pour mes erreurs et prie les autres de m’excuser si je les ai offensés. »

Les journalistes Tom Peck et Jerome Taylor écrivent : « Comme la chrétienté, l’opinion musulmane est divisée sur l’évolution. Plus d’un millénaire avant Darwin, des savants musulmans avaient émis des idées sur la survie des espèces et le changement générationnel qui avaient des ressemblantes frappantes avec la théorie que Darwin allait formuler. La plupart des intellectuels musulmans n’ont pas de problème avec l’évolution dans la mesure où les Musulmans acceptent la suprématie de Dieu tans le processus. Mais ces dernières années, un petit nombre d’intellectuels orthodoxes, surtout d’Arabie Saoudite – où beaucoup de clercs continuent à prêcher que le Soleil tourne autour de la Terre – se sont prononcés contre l’évolution, déclarant que la croyance dans ce concept va contre l’argument du Coran selon laquelle Adam et Eve étaient les premiers humains. »

Quatre siècles après la condamnation de Galilée et trois siècles après les Lumières, le combat contre l’obscurantisme reste d’actualité.

Photo The Independent : Dr Usama Hasan.

Abraham Lincoln, saint ou pécheur

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La chaîne de télévision britannique BBC4 vient de programmer un documentaire sur la personnalité d’Abraham Lincoln : « Abraham Lincoln, saint or sinner ? ».  Il fournit un éclairage intéressant sur un moment clé de l’histoire des Etats-Unis.

Abraham Lincoln (1809 – 1865) est vénéré comme un demi-dieu aux Etats-Unis, l’émancipateur des esclaves, le père de la nation. Le candidat Barak Obama s’est souvent référé à lui pendant sa campagne pour l’élection présidentielle.

Le documentaire diffusé par BBC4 s’interroge sur la véritable personnalité de Lincoln. Des nostalgiques des Etats Confédérés lui reprochent sa brutalité dans l’écrasement de la sécession ; des historiens rappellent qu’il était convaincu de l’inégalité des races et que s’il souhaitait la disparition de l’esclavage pour des raisons économiques, il était aussi partisan de déporter les noirs dans des colonies hors des Etats-Unis ; ils lui reprochent aussi le non respect des engagements pris à l’égard des Sioux et  la répression féroce qui suivit leur révolte.

La référence aux Sioux donne une clé de la guerre de Sécession. Au milieu du dix-neuvième siècle, c’est la ruée vers l’ouest. Les émigrés arrivés dans la Nouvelle Angleterre rêvent d’acquérir une terre qu’ils puissent cultiver ; les grands propriétaires du sud ont le projet de constituer de grands domaines où ils feront travailler la main d’œuvre gratuite dont ils disposent, les esclaves. Les deux modèles sont antagonistes : l’agriculture familiale ne peut survivre si elle fait face à la concurrence de grandes exploitations esclavagistes.

Le Parti Républicain et Lincoln s’accommodent très bien de l’esclavage tant qu’il est cantonné au Sud. Ils sont en effet convaincus de l’inégalité des races, et ne voient pas d’objection à ce que les noirs soient relégués à un statut inférieur. Mais ils s’opposent à sa généralisation au Nord et son exportation à l’Ouest du continent américain pour des raisons économiques : l’esclavage fausse la concurrence.

Les Etats du Sud font sécession et créent une Confédération. La guerre qu’ils déclenchent en 1861 tourne mal pour l’Union. En tant que Commandant en Chef, Lincoln a une idée géniale : proclamer l’émancipation des esclaves. Cette manœuvre militaire a des résultats inespérés. Au sud, l’économie est désorganisée ; des milliers de noirs rejoignent l’armée Unioniste. En 1865, l’armée confédérée capitule. Lincoln est étonné par la vaillance de ses soldats noirs ; ses préjugés racistes se fissurent.

Lincoln mourut assassiné quelques mois après la capitulation des sécessionnistes, un vendredi saint : tout se conjuguait pour le faire accéder au statut de Saint. Le documentaire de BBC4 montre qu’il ne fut pas un saint, mais un homme conditionné par les préjugés de son temps qui, confronté à des circonstances exceptionnelles, sut prendre des décisions courageuses et accepter de réviser des idées reçues.

Cent ans après la déclaration d’émancipation, Martin Luther King prononça son fameux discours « I had a dream ». Le début du discours est peu connu. Il dit qu’en 1863 le gouvernement américain tira un chèque au bénéfice de ses citoyens esclaves, mais qu’il se révéla sans provision. Il réclama que la dette soit, enfin, payée.

Illustration : photo d’Abraham Lincoln.