Le Porge, 26 août 2026

Le 26 août 2026, un mois après les incendies qui ont dévasté la Gironde et les Landes et détruit 183 maisons dans la commune du Porge, la Préfète et plusieurs officiels sont venus à la rencontre des habitants. La réunion a été houleuse. Patrick Lagadec, expert international en gestion des risques, propose une analyse et des propositions sur l’organisation de réunions publiques à la suite d’un désastre.

Patrick Lagadec a récemment posté sur le réseau social LinkedIn deux articles intitulés « réunions publiques post-désastres, réfléchir aux grammaires d’écoute ». Il salue « le courage des responsables venus dans un chaudron de douleur ». Mais loin de répondre aux attentes des habitants, la réunion au Porge a révélé une profonde incommunication et généré des frustrations.

Cinq cents habitants ont participé à la réunion, face à la préfète Sophie Brocas, au responsable des pompiers de la Gironde, au chef de la gendarmerie et au le maire du Porge. Très vite, le ton est monté, avec des invectives et des appels à la démission. Il faut dire que, dix jours auparavant, le Premier ministre Sébastien Lecornu s’était rendu au Porge, mais avait refusé de rencontrer les habitants rassemblés près de la caserne.

Maison incendiée au Porge

Pourquoi cela n’a-t-il pas fonctionné ? demande Lagadec. Il explique que les autorités ont conçu la réunion comme d’information : nous allons vous expliquer (et justifier) ce que nous avons fait. Or, les habitants « viennent  avec des morts symboliques ou des maisons détruites ; des souvenirs extrêmement précis de ce qu’ils ont vécu ; des incompréhensions ; des rumeurs ; des accusations ; des témoignages contradictoires ; parfois une conviction que certaines décisions ont été mauvaises ; et surtout le sentiment que, jusqu’ici, personne ne les a réellement entendus » (ChatGPT). Ils ont besoin de comprendre ce qui s’est vraiment passé, heure par heure, ce qui a été bien fait et ce qui a dysfonctionné.

Les autorités ont vu dans les sinistrés des victimes. Elles n’ont pas reconnu dans les habitants une source d’information opérationnelle. Cela a été exprimé de manière forte par des volontaires de l’association Défense des forêts contre les incendies, qui leur ont reproché de ne pas avoir fait appel à leur connaissance du terrain.

Comment à l’avenir, organiser avec les habitants un retour d’expérience après une lourde catastrophe ? Patrick Lagadec propose une « grammaire d’écoute », à l’opposé de la tendance à expliquer et à justifier, sous l’excuse de la force majeure surgissant à l’improviste.

Il préconise de renoncer au format « salle de cinéma » : les officiels sur une tribune face à la foule. Il faudrait organiser des tables de 8 à 10 personnes, chacun étant libre de se placer où il l’entend. Réflexion personnelle de l’auteur de « Transhumances » : cela exclut une assistance trop nombreuse, comme les 500 personnes présentes au Porge, mais une sélection des participants pourrait être organisée à l’avance, éventuellement même par tirage au sort comme pour les conventions citoyennes.

Lagadec recommande de renoncer au discours introductif. Seulement un accueil de moins de quatre minutes sur le thème « Cela s’est mal passé, nous devons progresser, et la meilleure chose à faire, c’est de nous écouter. Bon travail à tous ». Il propose de structurer la réunion en deux temps : une session de retour sur l’expérience de chacun et une session de propositions. Chacune durerait 45 minutes, à la suite de quoi un rapporteur prendrait la parole en plénière pour donner l’essentiel des échanges.

Sophie Brocas, préfète de la Gironde

Patrick Lagadec et la psychologue clinicienne Sabine Cariou ont fait des requêtes auprès des systèmes d’intelligence artificielle ChatGPT et Claude, les faisant même dialoguer entre eux. Les résultats étonnent par leur densité et leur pertinence. C’est ainsi que ChatGPT complète les préconisations et suggère qu’une seconde réunion soit annoncée et organisée après la première : « ce soir, nous ne prétendons pas répondre à toutes les questions. Nous allons les recueillir. Dans quinze jours, nous reviendrons avec les réponses documentées. Et lorsque nous ne saurons pas répondre, nous vous dirons pourquoi. »

En conclusion, Patrick Lagadec écrit : « l’échec de la réunion du 26 août 2026 au Porge n’est pas un accident de communication isolé. Il résulte de choix de formats et de posture identifiables et évitables (…) Une prochaine rencontre construite sur les principes exposés ci-dessus -petits groupes, séparation de l’écoute et de la réponse, reconnaissance avant explication, engagements écrits et datés, séquencement en plusieurs temps – a des chances sensiblement meilleures de restaurer une relation de confiance avec la population du Porge. »

Message de soutien aux pompiers, Carcans, Gironde

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