Antéchrist

The Conversation France a récemment publié un article de Laurent Tessier intitulé « Quand la paix devient suspecte : pourquoi Peter Thiel voit le pape comme l’Antéchrist ».

Cet article se réfère à un essai publié dans la revue First Things par Peter Thiel, cofondateur de PayPal et de Palantir et son ami Sam Wolfe, sous le titre « The Pope and the Antichrist » (le Pape et l’Antéchrist, ou Antichrist).

Le pape dont il s’agit est Benoît XVI (1927 – 2022), qui à l’âge de trente ans, avait publié un livre sur la théologie de l’histoire selon Saint Bonaventure, un théologien du treizième siècle. Il s’achevait sur cette question : comment et quand le monde finira-t-il ?

Joseph Ratzinger / Benoît XVI

L’idée d’une catastrophe qui mettrait fin à l’humanité est partagée par beaucoup de jeunes, constate Thiel qui s’écarte ici de la pensée MAGA et de Donald Trump. « ils comprennent et craignent les dangers existentiels du changement climatique, de l’intelligence artificielle, de l’effondrement démographique et des armes nucléaires. Thiel dit qu’à la fin de sa vie, Benoît XVI était persuadé que la fin des temps était proche.

Dans certains textes de la Bible, la fin des temps est précédée par une période de fausse paix, prêchée et imposée par un séducteur se faisant passer pour le Christ : l’Antichrist. C’est ainsi que s’exprime St Paul dans la première épitre aux Thessaloniciens : « Quant aux temps et moments, vous n’avez pas besoin, frères, qu’on vous en écrive. Vous savez vous-mêmes parfaitement que le Jour du Seigneur arrive comme un voleur en pleine nuit. Quand les hommes se diront : Paix et sécurité ! c’est alors que tout d’un coup fondra sur eux la perdition, comme les douleurs sur la femme enceinte, et ils ne pourront y échapper. »

Hans Küng

Qui serait dès lors l’Antichrist ? Thiel suggère que, pour Ratzinger (Benoît XVI), un solide candidat serait son collègue à l’Université de Tübingen, Hans Küng (1928-2021). Celui-ci avait été expert auprès du Concile Vatican II. Plus tard, il avait pris des positions contraires à celles du Vatican sur la sexualité ou le rôle des femmes dans l’Église et avait été interdit d’enseignement par le pape Jean-Paul II. Ce qui, pour Ratzinger, pouvait le faire passer pour l’Antéchrist, était son appel répété à la paix entre les religions. Le Christ était venu apporter le glaive ; l’Antéchrist prêche la paix et la sécurité.

« Pour toute une frange de la droite chrétienne des deux côtés de l’Atlantique, la paix universelle, le pluralisme des religions et des cultures ainsi que la réconciliation ne sont pas des objectifs positifs, mais au contraire des leviers de séduction que le Mal emploie pour endormir le monde », écrit Laurent Tessier dans The Conversation. Cette forme de pensée n’est pas éloignée de celle de Nietzche qui, dans son livre intitulé précisément l’Antichrist, considère que la doctrine chrétienne (« ce qui est faible est bon ») s’oppose au progrès de l’humanité.

Défenseur des migrants, avocat du multilatéralisme, artisan du dialogue interreligieux, le pape Léon XIV n’est pas loin de correspondre au portrait-robot de l’Antéchrist selon les codes de l’extrême-droite se revendiquant du christianisme.

(Photo de titre : Luca Signorelli, l’Antichrist)

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