Virginie Efira et Tao Okamoto ont obtenu conjointement le prix de la meilleure actrice au Festival de Cannes pour leur rôle dans « Soudain », film du réalisateur japonais Ryüsuke Hamaguchi tourné à Paris et Kyoto.
C’est en effet la rencontre de deux femmes confrontées à la fin de vie que raconte ce film. L’une, Marie-Lou Fontaine (Virginie Efira) a étudié l’anthropologie au Japon et dirige depuis deux ans un Ehpad en région parisienne ; l’autre, Mari Morisaki (Tao Okamoto) a étudié la philosophie à la Sorbonne, exerce le métier de metteuse en scène de théâtre et souffre d’un cancer en phase terminale.
Marie-Lou porte un projet ambitieux : faire du Jardin de la Liberté, un Ehpad de la banlieue parisienne, un établissement où se pratique une méthode nommée « humanitude » visant à rendre les personnes en fin de vie vivantes jusqu’à leur dernier souffle. Il s’agit de regarder les pensionnaires dans les yeux, de leur expliquer les actes que l’on applique, de les toucher avec leur consentement, de les encourager à se tenir debout et à marcher. La direction de l’organisme gestionnaire est réticente : la verticalité et la marche génèrent un risque de chute, et le prix de journée d’un pensionnaire grabataire est supérieur à celui perçu pour quelqu’un de plus autonome. Le personnel, et en premier lieu Sophie (Marie Brunel), l’infirmière-cheffe, observent que l’humanitude implique plus de temps passé, à effectif constant, pour les résultats encore à prouver.
Le projet s’enlise, Marie-Lou se trouve prise dans un étau de contraintes dont elle ne voit pas d’issue. C’est alors qu’elle assiste à une pièce de théâtre en japonais sous-titrée en français qui, se référant à la fermeture en Italie des asiles d’aliénés, que l’on jugeait impossible, parle de l’impossible qui devient possible. Le seul acteur se nomme Goro Kiyomiya (Kyösö Nagatsuka). À vrai dire, il n’est pas vraiment seul : son petit-fils Tomoki (Kodai Kurosaki), autiste profond, fait irruption dans la pièce aux moments les plus inattendus. Un jeu de miroirs en fond de scène fait comprendre aux spectateurs qu’eux aussi sont impliqués.
Lors du bord de scène, Marie-Lou interpelle la metteuse en scène Mari en japonais. Des spectateurs demandent que l’échange se fasse en français, mais Goro observe qu’au son de leur voix, on comprend que quelque chose de très profond se joue entre elles. En effet, elles se rencontrent après le spectacle et, pendant quelques jours en juin 2025, n’interrompent pas une longue et intime conversation sur la vie, la mort, et ce moment où, juste avant de mourir, on est vraiment vivant.
Pour Marie-Lou, cette rencontre amène une soudaine révélation. Ce ne sont pas des budgets ou des effectifs supplémentaires qui feront la différence, mais les richesses humaines des personnes âgées pensionnaires, du personnel et de la communauté constituée par les familles et l’environnement proche de l ’Ehpad.
Le film dure plus de trois heures. Sa tonalité est toujours juste, malgré la cruauté du propos, une maladie fatale, le soin aux personnes en fin de vie dont on sait que, dans certains établissements, elles sont l’objet de violence. Certes, « l’humanitude » semble relever de l’utopie. Mais on a envie d’y croire, et de rendre possible l’impossible.


