Le Cygne Noir

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The Black Swan, film de Darren Aronowsky, a pour toile de fond l’univers impitoyable du ballet classique et pour thème le lien entre la perfection artistique et la folie.

Thomas Leroy (Vincent Cassel), patron d’une troupe de danse classique de New York, annonce la retraite de sa danseuse étoile et son remplacement par une étoile montante, Nina Sayers (Natalie Portman). Nina est une jeune femme timide, infantilisée par sa mère (Barbra Hershey) qui prétend connaître par le truchement de sa fille le succès qu’elle n’a pas connu lorsqu’elle était elle-même ballerine.

Thomas demande à Nina de jouer le rôle du cygne blanc, pur et innocent, mais aussi celui du cygne noir diabolique. Elle doit se laisser pénétrer par la haine, mordre, tuer. A vrai dire, il n’y a guère besoin de la pousser à extérioriser le côté sombre de sa personnalité. Sous des dehors paisibles, Nina est rongée par l’angoisse que sa rivale Lily (Mila Kunis) lui ravisse le rôle clé, par la jalousie à l’égard des femmes que séduit Thomas et par la haine pour sa mère. Elle a des hallucinations, son propre corps est scarifié de griffes et de clous.

Nina veut tuer sa mère, au moins symboliquement. Elle veut aussi se tuer, comme le cygne de Tchaïkovski, et atteindre ainsi la perfection artistique, sans le moindre écart entre le personnage et l’acteur.

Il coule beaucoup d’hémoglobine, fantasmé ou réel dans le Cygne Noir. On n’y trouve aucune trace d’humour, rien qui puisse autoriser un sourire. C’est une magnifique épopée tragique. Le hasard du calendrier cinématographique fait que deux films programmés à Londres simultanément mettent le Lac des Cygnes au cœur du drame : le Cygne Noir et Des Hommes et des Dieux.

Photo du film « Le Cygne Noir », Natalie Portman dans le rôle de Nina.

Musée Baccarat

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Le Musée Baccarat, dans le seizième arrondissement de Paris, est un véritable joyau.

La cristallerie Baccarat a son siège Place des Etats-Unis, non loin de l’Arc de Triomphe. Elle occupe un hôtel particulier qui fut jusqu’en 1970 la demeure de Marie-Laure de Noailles, muse d’un grand nombre d’artistes du vingtième siècle. L’immeuble a été restauré par Philippe Starck il y a une dizaine d’années. Outre le siège social de l’entreprise, il abrite aussi un restaurant prestigieux, des salles de réception et le Musée Baccarat avec sa boutique.

Le musée lui-même ne compte que trois salles, mais sa collection est d’une grande richesse. A voir des pièces si exceptionnelles entassées dans un mouchoir de poche, on se prend à penser qu’elles auraient justifié un espace dix fois plus vaste.

La salle la plus intéressante est intitulée « Alchimie par Gérard Garouste ». Le peintre a réalisé un dais en tissu dont les motifs et les couleurs évoquent les éléments qui concourent à la fabrication du cristal : l’eau, l’air, la terre et le feu. On y présente des pièces d’exception, dont les vases « Simon » qui représentent précisément l’allégorie de l’eau et l’allégorie de la terre. Le motif du serpent, associé à la femme et au péché, revient souvent dans les créations présentées dans ces vitrines qui se réfèrent au style Art Nouveau.

Site Internet : http://www.baccarat.fr/fr/univers-baccarat/musees/

Le repas des fauves

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« Le repas des fauves », pièce mise en scène par Julien Sibre d’après l’œuvre de Vahé Katcha au Théâtre Michel à Paris, montre l’exacerbation des égoïsmes lorsque rôde la mort.

En 1942, un groupe de sept amis fête l’anniversaire de Sophie Pélissier. Le marché noir a fourni champagne, viande et cadeaux. Les invités, un peu éméchés, terminent leur repas lorsque des officiers allemands sont assassinés dans la rue. Un officier de la Gestapo frappe à la porte et exige deux otages. Il reconnait Victor, l’épouse de Sophie, un libraire à qui il achète des livres. C’est que l’officier, professeur de philosophie, est un homme cultivé qui connait par cœur Sophocle et Horace. Il va mettre sa grande culture au service du vice : il impose aux convives une torture raffinée. Il leur donne deux heures pour choisir entre eux ceux qui seront sacrifiés. Il s’installe dans un bureau de l’appartement des Pélissier et patiente en lisant de la philosophie.

Les amis tentent de chercher de l’aide à l’extérieur. L’un d’entre eux appelle un officier allemand dont il a soigné la femme. Ils imaginent même d’inviter des amis à se joindre à la célébration de l’anniversaire, diluant ainsi la probabilité d’être eux-mêmes désignés comme otages. Ils convainquent Sophie de se livrer à la libido de leur tortionnaire en espérant acheter ainsi sa grâce. Rien n’y fait, il faut que deux d’entre eux se sacrifient ou soient sacrifiés.

Les amis se mettent à se déchirer comme des fauves dans l’arène. C’est une course au statut de victime : je suis aveugle de guerre, je suis veuve de guerre, ma femme est enceinte. C’est aussi la recherche effrénée des raisons pour lesquelles l’autre doit mourir : il est peut-être juif, il est homosexuel, il est du côté de la résistance. Dans l’odieux, André, un affairiste enrichi dans la collaboration, surclasse ses « amis ». Il offre une importante somme d’argent à qui acceptera de se désigner et encourage les uns et les autres à faire preuve de générosité : cet argent sera utile à leurs proches !  En vérité, ce profiteur et bon vivant est terrorisé par la perspective de mourir. Le vertige des plaisirs camoufle un vide existentiel épouvantable.

« Le repas des fauves » traite d’un sujet terrible, la destruction des liens sociaux et l’avilissement des personnes lorsque la terreur de la mort annihile tout sentiment humain. La pièce est d’un pessimisme radical et prend acte de la victoire absolue du mal. Elle est pourtant pétrie d’humour noir et, un peu à son corps défendant, l’on rit beaucoup !

Photo : une scène du « repas des fauves ».

Accordéons-nous

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TV5 Europe vient de diffuser une émission qui fut initialement programmée sur France 2 le 14 juillet 21010 : « accordéons-nous ».

Animée par Christophe Hondelatte, l’émission avait été filmée en direct sur le pont d’un Bâteau-Mouche dans le cadre somptueux des bras de la Seine qui enveloppent l’Ile de la Cité et l’Ile Saint Louis.

On prête parfois à l’accordéon une image passéiste et ringarde : c’est l’instrument du front populaire, des bals musette et d’un président de la république qui voulait passer pour proche du peuple. Les reportages qui structurent l’émission suivent des musiciens ou orchestres qui sont passionnés par cet instrument : Bernard Lubat, un musicien de jazz ; Marc Berthoumieux, qui a travaillé avec Claude Nougaro ; Angélique, qui anime des bals populaires ; Yohann, un jeune élève au Conservatoire qui joue Messiaen sur son instrument ; et les trente musiciens de l’Accordéon-club des Flandres qui célèbrent en musique leurs mariages et leurs enterrements. Yvette Horner, animatrice des étapes du Tour de France dans les années soixante, était aussi interrogée.

J’aime l’accordéon, un instrument qui fait corps avec le musicien, vecteur de musiques du monde entier, porteur de rythmes qui font danser et rêver ensemble. Le concert donné par les accordéonistes sur le Bâteau-Mouche le long des berges et sous les ponts illuminés de la Seine était plein de nostalgie et de beauté.

Photo : Angélique, sur les traces d’Yvette Horner.