La seconde partie de « La Bataille de Gaulle » du réalisateur Antonin Baudry couvre la période de 1943-1944. Elle s’intitule « j’écris ton nom » et fait suite à « l’âge de fer ».
En 1943, l’épopée du Général de Gaulle (Simon Abkarian) commencée à Londres le 18 juin 1940 semble toucher à sa fin. Roosevelt (Campbell Scott), président des États-Unis, considère la France comme un pays vaincu destiné à devenir, après la défaite de l’Allemagne, un protectorat américain. Il n’éprouve que du mépris et de l’agacement vis-à-vis de ce général quasiment sans troupes.
Churchill (Simon Russell Beale), pour ne pas contrarier Roosevelt, est prêt à sacrifier de Gaulle. Mais ce qu’on appelle la France Libre s’avère plus résiliente que prévu. Dans le désert sud-Tunisien de Ksar Ghilane, les hommes de Leclerc (Niels Schneider) tiennent tête aux troupes de Rommel, plus nombreuses et mieux équipées. Frappé par leur héroïsme, le général britannique Montgomery (Pip Torrens) finit par envoyer des avions qui décident de la victoire.
En France, Jean Moulin (Félix Kysil), alias Rex, travaille contre vents et marées à construire, avec des responsables de partis et des parlementaires, un Conseil national de la résistance. Grâce à cette coordination, des sabotages sont menés contre les forces allemandes. Ce sont, là aussi, les généraux, à commencer par l’Américain Eisenhower (Daniel Betts), qui comprennent l’importance que ces actions joueront après le débarquement.
Les forces dont dispose de Gaulle sont faibles, en Afrique et dans l’hexagone, mais dans le conflit mondial en cours, elles ne peuvent plus être négligées. Le chef de la France Libre est invité au sommet de Casablanca, où Roosevelt tente de lui faire accepter de passer sous l’autorité du Général Giraud (Thierry Lhermitte), un militaire d’ancien style environné d’hommes du régime de Vichy. Les deux hommes coprésident à Alger un Comité français de libération national, et de Gaulle parvient à évincer son adversaire.
La deuxième division blindée du général Leclerc débarque en Normandie avec les troupes américaines. En août, la population parisienne se révolte contre les Allemands. Pour éviter un bain de sang, au mépris des ordres de ses supérieurs américains, Leclerc se lance à l’assaut de la capitale. J’ai raconté dans « Transhumances » la vie de Jacques, ancien combattant de la deuxième DB.
Un moment émouvant du film est le discours prononcé, l’un à Alger, l’autre dans le désert tunisien, par de Gaulle et Leclerc. Ils sont totalement interpénétrés : l’un prononce une phrase, l’autre la complète, à des centaines de kilomètres de distance. Un mot les résume : invaincus !
Un personnage féminin émerge de cette épopée essentiellement masculine. Nous avions vu dans la première partie Livia (Anamaria Vartolomei), jeune étudiante juive, s’engager dès les premiers jours dans la résistance, aux côtés de celui qui deviendra l’assassin de l’amiral Darlan. En 1943, elle est joue le rôle de secrétaire et d’agente de liaison de Jean Moulin. Lors de la libération de Paris, sa joie est communicative : j’écris ton nom, Liberté, écrivait Éluard.
La Bataille de Gaulle, en deux parties, est un film à grand spectacle, avec un budget de l’ordre de 80 000€. Les scènes de bataille, la musique omniprésente soulignent la grandeur de l’épopée de la France Libre. Mais elles ne font pas d’ombre à sa principale qualité : l’analyse en profondeur des personnages, respectueuse de leur complexité et servie par des acteurs exceptionnels. On citera Simon Abkarian (de Gaulle), bien sûr, mais aussi Niels Schneider (Leclerc), Anamaria Vartolomei (Livia), Simon Russel Beale (Churchill), avec une mention spéciale pour Thierry Lhermitte, que l’on connaît pour ses rôles comiques et qui interprète avec talent un général Giraud pétri d’orgueil militaire mais dépassé par une situation qu’il est incapable de comprendre et de gérer.



