The Full Monty

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« The Full Monty », l’un des plus grands succès du cinéma britannique (1997) a été mis en scène comme comédie musicale à Broadway en 2000. La Watford Operatic Society vient de le produire au Palace Theatre de Watford.

Le Palace Theatre de Watford, dont certains spectacles attirent un public clairsemé, accueille aujourd’hui la foule des grands jours. Les premiers rangs ont été retirés pour laisser place à une fosse d’orchestre. Les femmes, certaines venues avec un groupe de copines, sont en écrasante majorité. Certaines semblent bien décidées à se rincer l’œil, et l’ambiance est particulière : le public s’identifie aux épouses de ces ouvriers métallurgistes disqualifiés par le chômage et la frontière entre acteurs et spectateurs s’estompe dans l’enthousiasme général.

La comédie musicale transporte l’action de Sheffield (Royaume-Uni) à Buffalo (Etats-Unis) et invente quelques personnages. Le désespoir d’ouvriers devenus « losers » par l’effet d’une oisiveté forcée qui ronge jusqu’à leur dignité, la découverte par des cadres déqualifiés qu’ils sont désormais solidaires de leurs anciens subordonnés, la souffrance des épouses témoin de la déchéance de leur mari, la peur que les travailleurs sociaux retirent la garde des enfants, tout cela est présent dans la comédie musicale comme dans le film, mais celle-ci minimise les sentiments tristes et joue la carte de l’humour et de l’érotisme.

La Watford Operatic Society est une troupe amateur fondée en 1923. Elle produit une comédie musicale chaque année, avec un excellent niveau de qualité. Elle illustre la vitalité de la vie associative musicale en Angleterre.

Illustration : affiche de « The Full Monty » au Watford Palace Theatre.

DSK, 365 jours

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En 2006, Dominique Strauss Kahn publiait « 365 jours » (Grasset), sa chronique de l’actualité française, européenne et mondiale de mars 2005 à mars 2006, afin que les électeurs sachent comment il y aurait réagi aux événements s’il avait été le Président de la République qu’il avait alors l’ambition de devenir. Voici la note de lecture que j’ai rédigée en août 2006.

« Son livre m’agace. Je suis trop d’accord avec lui, si je retranche ses jugements flatteurs sur  Jean-Paul II et sur Ariel Sharon. Nous sommes du même âge. Nous partageons un prénom rare (Gaston !). Nous sommes passionnés de langues, et il apprend l’arabe. Je suis jaloux : sa  vie est incomparablement plus intense que la mienne, et comble d’agacement, je sais qu’il a mérité sa vie intense. Je ne suis pas dupe des vices des hommes politiques, vanité, magouille, trahison, parfois complaisance ou corruption. Mais ils acceptent de prendre et de donner beaucoup plus de coups que je n’en supporterais personnellement. Strauss-Kahn porte à un haut niveau la résilience, cette capacité à rebondir que j’admire chez les politiques. Au lendemain de la triste défaite du « oui » à la Constitution Européenne, il était déjà entièrement concentré sur la recherche de moyens pour remettre l’Europe en route.

DSK croit en la politique. Elu de Sarcelles, il rencontre ses concitoyens, console les victimes, descend manifester. Il célèbre des anniversaires aussi méconnus que l’unité socialiste de 1905. Il participe à l’étranger à des conférences et des colloques, rencontre des dirigeants.  Il brosse un portrait gentiment manichéen de la vie politique française, le courage et l’élan sous Jospin, l’enlisement et l’improvisation sous Raffarin et Villepin, quitte à omettre de se prononcer sur les trente-cinq heures.

Il croit dans la force des idées, et fait travailler toute une équipe sur la production d’un programme. Parmi les idées les plus originales, on peut citer la garantie permanente d’activité sous forme d’emploi ou de formation, le crédit de formation initiale de 20 ans utilisable tout au long de la vie, l’incitation fiscale au recrutement de salariés venus de zones défavorisées, le droit de vote des immigrés dès lors qu’ils satisfont aux critères de la naturalisation, la création de « nouvelles villes », l’institution en France et à l’ONU d’une Cour de Justice de l’environnement.

Décidément, je suis d’accord. D’accord, agacé et séduit. »

Ces notes ont été rédigées quelques mois avant que, en novembre 2006, DSK perdît la primaire socialiste pour l’élection présidentielle.

Photo The Guardian.

Tiny Volcanoes

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La pièce de Laurence Wilson, Tiny Volcanoes (minuscules volcans) met en scène les contradictions de la société britannique de l’ère Cameron.

Tiny Volcanoes est produit par la troupe de théâtre itinérante Paines Plough (www.plainesplough.com). Nous avions aimé « Love love love », l’une de leurs productions récemment présentée, comme celle-ci, par le Palace Theatre de Watford.

Tiny Volcanoes, jouée par Michael Ryan et Kevin Harvey, met en scène deux jeunes Britanniques, l’un blanc avec un fort accent populaire du nord, l’autre métis parlant une langue plus soutenue. Le premier est convaincu de la grandeur de l’identité britannique. Le second lui ouvre les yeux sur les minuscules volcans qui, sous la surface, font du pays une potentielle pétaudière : le racisme, le chômage, la déconnexion des élites.

La pièce est difficile à suivre pour un non anglophone : lorsque l’humour et le parler populaire s’en mêlent, les jeux de mots et les références implicites transforment le texte en un sabir indéchiffrable.

Parmi les meilleures scènes, on notera un jeu télévisé dont les participants, représentés par leur effigie, sont des hommes politiques, de Cameron et Clegg à Kadhafi ; le discours d’un homme politique, prononcé sur un ton amène et modéré, mais qui révèle peu à peu une vision raciste qui glace le dos ; le « come out » d’un jeune homme révélant à son père non son homosexualité, ce que celui-ci aurait accueilli à bras ouvert, mais sa conversion à l’Islam, qui déclenche chez lui une réaction délirante.

Photo « Paines Plough » : Michael Ryan et Kevin Harvey dans « Tiny Volcanoes ».

Pina

  

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« Pina », le dernier film de Wim Wenders, nous fait découvrir, en trois dimensions, l’œuvre de la chorégraphe allemande Pina Bausch, décédée en 2009.

J’ignorais les chorégraphies de Pina Bausch et sa troupe, tout internationale, le Tanztheater Wuppertal. La technique « 3D » nous situe au cœur de l’action : lorsqu’il peut sur scène, c’est comme si des gouttes atteignaient les spectateurs.

Les personnages de Pina Bausch sont des gens ordinaires, les femmes souvent vêtues de robes longues colorées et chaussées de talons aiguille, les hommes souvent en costume. Ils vivent d’une manière intense la solitude, l’écrasement, la violence, la guerre des sexes, mais aussi la joie, la légèreté, l’énergie.

Le film devait se réaliser initialement avec Pina Bausch. Après son décès, les danseurs de la troupe ont voulu en faire un monument à cette femme exceptionnelle. Ils sont filmés en gros plan, et leur témoignage est diffusé « off ». On les voit ensuite en action, sur scène ou dans des paysages urbains, industriels ou ruraux de la région de Wuppertal. C’est bouleversant de beauté esthétique et de vérité humaine.

Pina Bausch avait une passion pour les éléments : ses danseurs se heurtent à des surfaces dures comme la pierre, se couvrent de boue, s’immergent dans l’eau. Leurs mouvements sont parfois lents, conventionnels, comme figés ; mais ils se déchaînent parfois en gestes hystériques et saccadés inspirés par la passion charnelle ou par une haine violente.

Curieusement, ce film est autorisé au Royaume Uni pour les spectateurs à partir de quatre ans. Il est vrai qu’il n’y a pas de nudité ni de gros mots. Mais la charge émotionnelle est si forte, la violence si palpable, qu’on peut se demander si la censure a bien compris la portée d’un film qui parle de la condition humaine au-delà des mots.

Photo du film « Pina » de Wim Wenders