Violences systémiques dans un quartier de lutte contre la criminalité organisée

Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) a émis le 9 juin 2026 des recommandations en urgence relatives au centre pénitentiaire d’Alençon-Condé-sur-Sarthe, dans l’Orne. Il y dénonce les violences systémiques commises contre des personnes détenues.

 Une inspection a eu lieu en mai au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) installé dans cette prison en novembre 2025. Le principe revendiqué par l’administration pénitentiaire est l’absence de dialogue entre détenus et surveillants. Ceux-ci son cagoulés. Des mots-clés désincarnés sont lancés aux détenus : « Parloir », « Fenêtre », « Promenade », etc.

« Il ressort des constats effectués et des témoignages reçus – tant de personnes détenues que de professionnels et intervenants – que des violences systémiques sont commises sur des détenus par des membres du personnel pénitentiaire de détention », lit-on dans le texte du CGLPL.

Parmi ces pratiques figure le « pliage ». « Les détenus, le cas échéant déjà nus, sont projetés ou immobilisés au sol. Ces techniques d’immobilisation peuvent s’accompagner de doigts dans la bouche et dans les yeux, de pratiques asphyxiantes, de prise des parties génitales. »

L’anonymat des surveillants cagoulés, l’interdiction qui leur est faite de toute communication avec les personnes détenues, facilitent l’adoption de comportements dégradants. « Des propos enfreignant la loi et les règles du code de déontologie auquel le personnel pénitentiaire est astreint sont rapportés à de nombreuses reprises : « Espèce de merde », « Ta gueule », « Sale bougnoule », « Ici on va te briser ». Certains prennent la forme de chants : « Ici, c’est chez nous, ici c’est le 3 e Reich, les nazis c’est nous ».

Ce n’est pas la première fois que le CGLPL alerte sur « les atteintes graves aux droits des détenus dans cet établissement : redondance des mesures de sécurité, fouilles systématiques sans motivation individualisée, cumul de sanctions, conditions de détention au quartier d’isolement et au quartier disciplinaire jugées excessivement restrictives ».

Cette fois, il élève le ton. « L’ensemble de ces agissements relève de traitements inhumains et dégradants et constitue des fautes professionnelles, voire des infractions pénales (…) Par leur nature et leur accumulation, ces faits portent gravement atteinte à la dignité des personnes détenues et sont susceptibles de relever de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme. Ils doivent cesser immédiatement. »

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