Plus de prison pour plus de sécurité ?

La revue Psychocriminologie a récemment posé une question au cœur des débats sur la prison : réduit-elle le risque de récidive ? Exerce-t-elle un effet dissuasif ? Améliore-t-elle la sécurité et la tranquillité des citoyens ?

La revue s’est  pour cela appuyée sur une étude menée en 2021 par le département Crime et Justice de l’Université de Chicago, intitulée « les sanctions d’emprisonnement et la récidive, une méta-analyse ». Celle-ci s’est appuyée sur 116 études portant sur près de 4,5 millions de délinquants dans 15 pays différents.

Les États-Unis se sont lancés dans les années 1970 dans une politique d’incarcération de masse, avec plus de 2 millions de personnes emprisonnées, soit 656 pour 100 000 habitants en 2021. Ce taux est sans commune mesure avec, par exemple, celui de leur voisin le Canada (114 pour 100 000).

Le coût de cette politique du tout-carcéral est gigantesque ; environ 30 000$ par détenu et par an, soit près de 100 milliards de dollars. On pourrait penser que le choix de l’incarcération de masse fut justifié par des études prouvant que la prison réduit la criminalité et contribue à la sécurité publique. Ce ne fut pas le cas. Les décisions de multiplier les peines de prison, d’allonger leur durée, de réduire les possibilités d’aménagement furent prises au nom du « bon sens ».

Le « bon sens » disait que la peine de prison exerce un effet dissuasif. Dans une logique typiquement utilitariste, le délinquant en puissance est un acteur économique rationnel. Il pourrait être dissuadé de commettre le crime si les punitions étaient suffisamment sévères.

« Un aspect pernicieux de la politique carcérale des dernières décennies est que l’avilissement des détenus était vanté à la fois comme un moyen de se venger (faire souffrir les prisonniers) et comme une façon de transmettre, par la souffrance infligée, la leçon selon laquelle le crime ne rapporte pas. Les prisons comme moyen de dissuasion ne nécessitent aucune action positive. Si les prisons sont surpeuplées, dangereuses et malsaines, l’accumulation de la misère rend plus intense leur effet repoussoir. Cette pensée justifiait des efforts délibérés pour promouvoir la politique des prisons « austères » ou « sans fioritures ».

L’étude de l’Université de Chicago montre au contraire que la prison ne réduit pas le risque de récidive, qui s’établit à plus des deux tiers dans les cinq ans suivant la libération. Elle indique qu’elle l’accroît, mais marginalement.

La prison n’exerce aucun effet dissuasif. « Le moteur central sous-jacent à la dissuasion efficace est la certitude, et non la sévérité de la punition, une réalité obstinée qui s’oppose à l’utilisation extensive de l’emprisonnement et aux investissements financiers importants qu’il requiert. »

L’étude invite à une refondation des politiques pénales fondée sur les données probantes plutôt que sur « le bon sens » ou l’idéologie.

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