« Un bonheur n’arrive jamais seul », film de James Huth avec dans les rôles principaux Sophie Marceau et Gad Elmaleh est une aimable comédie qu’il est agréable de regarder un soir de vacances.
Le film joue sur une situation classique : Sacha, musicien de jazz génial mais incapable de se fixer dans la vie (Gad Elmaleh) tombe amoureux de Charlotte, une bourgeoise appartenant à l’Establishment (Sophie Marceau). Que la belle Charlotte soit l’épouse d’un magnat de l’audiovisuel, qui peut terrasser la carrière professionnelle de Sacha pimente l’intrigue mais ne la change pas vraiment. Ce que Sacha ne peut accepter, c’est qu’entrer dans la vie de Charlotte, c’est devenir le père virtuel des trois jeunes enfants qu’elle a eus de deux unions. C’en est fini de la vie de bohême, des copains, de l’imprévu. Mais Sacha tombe amoureux des enfants de Charlotte, en même temps que de Charlotte elle-même : un bonheur n’arrive jamais seul !
Le film exploite au maximum les qualités de mime et de bateleur que Gad Elmaleh exhibe sur scène ainsi que la beauté solaire de Sophie Marceau. C’est loin d’être un grand film, mais on passe un bon moment.
Gemma Cairney entre Reece et Lorriane, émeutiers en août 2011
La chaîne de télévision britannique BBC3 vient de consacrer un intéressant reportage au contrecoup des émeutes d’août 2011 pour ceux qui y ont participé et ceux qui en ont été les victimes : « Riots, the Aftershock », » Emeutes, le Contrecoup ».
Le jeune journaliste Gemma Cairney a suivi pendant plusieurs mois trois émeutiers arrêtés à la suite des événements et deux victimes.
L’une des victimes est une jeune femme compositrice de musique dont le logement a été incendié et la plupart des instruments détruits. Elle dit que ce n’est pas seulement la perte de biens matériels qu’il a fallu surmonter, mais celle d’objets indispensables à sa santé mentale. L’autre est un jeune homme originaire du continent indien qui avait économisé pendant dix ans pour monter sa propre affaire, un négoce de jus de fruits, annihilé par la tornade des émeutes.
David Cameron avait annoncé que les coupables de violences et de vols répondraient de leurs actes. Les peines prononcées à l’égard des émeutiers, pour la plupart sans antécédent judiciaire, furent d’une sévérité sans commune mesure à celle appliquée hors du contexte du moment.
Gemma a suivi pendant trois trimestres trois de ces jeunes émeutiers. On assiste à la sortie de prison de l’une d’entre eux, dix-neuf ans au moment des faits, condamnée à 14 mois de réclusion pour vol. Son père, un chauffeur d’autobus de nuit, vient la chercher. Il habite dans un minuscule deux-pièces. C’est là que sa fille, équipée d’un bracelet électronique, devra vivre recluse la nuit pendant plusieurs mois. Lorsqu’on vient la libérer, la joie attendue se transforme en cauchemar : la coexistence avec son père s’est tant dégradée que celui-ci réclame qu’elle soit de nouveau incarcérée. C’est la galère, pour trouver du travail, pour avoir une relation normale avec son petit ami et même pour trouver à ce nourrir. La jeune femme tombe dans une profonde déprime.
Le second vit dans l’angoisse du jugement d’appel, qui peut le renvoyer en prison, le séparer de sa jeune épouse polonaise et de leur toute petite fille et priver la famille de son HLM. Il sera finalement acquitté, comme seulement 17% des prévenus, mais son histoire laissera des traces.
Le troisième était danseur professionnel. Il regrette d’avoir volé un téléviseur dans un grand magasin d’électronique Argos, mais pense que le mouvement de révolte à la base des émeutes était légitime et la répression injuste. Il souhaite rencontrer le directeur du magasin d’Argos pour lui présenter ses excuses. Il parle avec ses élèves, qui l’adorent et le vénèrent, de ce qui s’est passé.
Dans les trois cas, les contrecoups de la confrontation au système judiciaire sont lourds et laissent des traces profondes. Mais on mesure l’inégalité devant la vie. Pour l’une, on sent bien que ce qui s’est passé ne pourra probablement pas être digéré : elle est sur la pente de la dépression, peut-être du suicide. Le second a failli sombrer comme un noyé dans les remous de son procès et se considère, lui et les personnes qu’il aime, comme des rescapés. Il en sort fatigué et esquinté. Bien qu’acquitté, on sent qu’il aura du mal à rebondir. Le troisième est fort, dans son corps et dans sa tête. L’épreuve de la prison restera une épreuve terrible, mais il en sort grandi.
Les différentes séquences du reportage étaient séparées par des dessins fixes ou mobiles représentant les personnages et les situations. Les traits des dessins vibraient comme s’ils étaient des fils parcourus par un courant électrique à haute intensité. Cette création artistique renforçait l’impression d’angoisse et de gâchis diffusée par le reportage.
British Library, extrait du journal de notes de William Blake
La Bibliothèque Nationale britannique, British Library, est l’une des plus importantes au monde.
La British Library occupe un bâtiment ultramoderne près de la gare de St Pancras, construit en 1997. C’est l’une des toute premières bibliothèques au monde. Elle conserve 14 millions de livres et gère 3 millions d’entrées nouvelles chaque année, qui occupent près de 10km de rayonnage.
La Bibliothèque présente une somptueuse collection permanente, dont l’accès est gratuit. On y admire des volumes enluminés, des Bibles et des Corans anciens, des cartes géographiques remontant jusqu’au Moyen Âge, des manuscrits de livres qui ont marqué l’histoire. Une salle est consacrée à la Carat Magna de 1215. Au milieu d’un fatras de dispositions organisant la société féodale, la charte contient trois dispositions qui n’ont jamais été abrogées, et notamment le droit d’être jugé en application de la loi, et non de la seule volonté du souverain.
La British Library présente actuellement une exposition intitulée « Writing Britain : Wastelands to Wonderlands », « Ecrire la Grande Bretagne : de la terre souillée à la terre des merveilles ». Elle est organisée par thèmes : les rêves ruraux, les sombres usines sataniques, les endroits sauvages, les faubourgs, Londres, les lacs, rivières, canaux et littoraux. Chaque thème est illustré par des romans ou des poèmes, présentés dans des éditions d’époque ou sous forme de bande enregistrée.
Le sous-titre de l’exposition est une phrase de William Blake (1757 – 1827) : « Jérusalem a-t-elle été construite ici, parmi ces sombres usines sataniques ? » Blake était un personnage hors du commun, poète, peintre, imprimeur, créatif hors pair, il a préfiguré le courant romantique en Grande Bretagne et en Europe.
British Library, Lewis Carroll, Alice au Pays des Merveilles
L'homme ailé our l'ange déchu, Odilon Redon. Musée des Beaux Arts de Bordeaux
A revoir en DVD le film de Zabou Breitman, « se souvenir des belles choses » (2001), j’ai ressenti intacte l’émotion qui m’avait étreint lorsque j’avais à regarder le film la première fois sur TV5 dans une chambre d’hôtel de Lisbonne.
Claire (Isabelle Carré), 32 ans, est accueillie dans un établissement spécialisé dans le traitement des pertes de mémoire. Sa mère est morte précocement de la maladie d’Alzheimer, et le même fléau la vide peu à peu de ses souvenirs et de son identité. Philippe (Bernard Campan), d’une dizaine d’années son année, a perdu la mémoire dans un accident de voiture où son épouse et leur jeune fils ont perdu la vie.
Claire s’accroche à ses souvenirs désespérément pour éviter le naufrage ; Philippe les repousse désespérément pour éviter que la douleur l’engloutisse. Dans le musée des Beaux Arts de Bordeaux, ils sont tous deux en contemplation devant le tableau « l’homme ailé ou l’ange déchu » d’Odilon Redon. Sans s’en rendre compte, Philippe glisse à Claire qu’il a envie de l’embrasser. Une histoire d’amour forte et belle nait entre Claire, l’ange promise à la déchéance et Philippe, l’homme qui dans l’ombre d’un passé angoissant va prendre son envol.
« Se souvenir des belles choses » a écrit Claire sur le petit carnet où elle note les choses à retenir. Lorsqu’elle entraîne Philippe sous l’orage et qu’ils font l’amour dans l’herbe trempée, elle vit à deux une chose si belle qu’elle résistera longtemps à la dissolution de son moi. Dans la dernière scène du film, Philippe retrouve Claire dans un bois après une nuit d’errance. Claire est passée de l’autre côté du miroir, une référence à Alice et à Lewis Carroll que Zabou Breitman mentionne explicitement. Mais son homme est là, auprès d’elle, auprès du moins de son corps. Grâce à elle, il a commencé à se reconstruire, à apprivoiser le passé, à travailler dans le domaine qui le passionne, l’œnologie. L’amour a vaincu la mort.