Livro (livre) est un roman du jeune Ă©crivain portugais JosĂ© LuĂs Peixoto publiĂ© par Quetzal en 2010, dont le cadre est l’émigration portugaise en France.
 Peixoto rappelle qu’entre 1960 et 1974, près d’un million et demi de Portugais émigrèrent pour la France.
 NĂ© de père inconnu dans un village reculĂ© du Portugal, IlĂdiu est abandonnĂ© par sa mère Ă l’âge de six ans et recueilli par JosuĂ©, un maçon ami de celle-ci. Lorsque devenu jeune adulte il est confrontĂ© par la soudaine disparition pour la France d’Adelaide, l’amour de sa vie, il tente l’aventure pour tenter de la retrouver. Adelaide vivait au village sous la coupe de la vieille LubĂ©lia. Celle-ci a sombrĂ© dans la folie lorsque, toute jeune, sa famille s’est opposĂ©e Ă sa relation avec l’homme qu’elle aimait et qu’elle a perdu l’enfant qu’elle attendait de lui. LubĂ©lia ne supporte pas que d’autres puissent ĂŞtre heureux. C’est elle qui a organisĂ© la dĂ©portation d’Adelaide en France ; c’est elle qui, profitant de son statut de buraliste, interceptera les lettres d’amour dĂ©sespĂ©rĂ©es d’IlĂdiu.
 En 1964 donc, IlĂdiu part pour la France, accompagnĂ© par son ami Cosme, un Ă©tudiant qui fuit la conscription. Sans presque aucun argent en poche, menacĂ©s par les contrĂ´les policiers et rackettĂ©s par des aigrefins, leur voyage tourne Ă la tribulation. IlĂdiu ne rĂ©ussira pas Ă nouer le contact avec Adelaide. Celle-ci finit par Ă©pouser un rĂ©volutionnaire aigri et Ă©goĂŻste, Constantino.
 A partir de la rĂ©volution de 1974, les Portugais reviennent au pays, dans un premier temps pour des vacances. La rencontre d’IlĂdiu et d’Adelaide est fugace et fĂ©conde. Adelaide met au monde un garçon qu’elle prĂ©nomme Livro (Livre), un nom qui n’est ni français ni portugais mais qui parle de son histoire personnelle. Lorsqu’il lui avait dĂ©clarĂ© son amour, dix ans plus tĂ´t, IlĂdiu lui avait laissĂ© en cadeau le livre que sa mère avait laissĂ© entre ses mains le jour de son abandon.
 En 2008, la mère et le fils s’installent dĂ©finitivement au village, après avoir laissĂ© dans une maison de retraite Constantino devenu sĂ©nile. LubĂ©lia, JosuĂ© et Galopim, l’ami d’enfance, sont morts. Adelaide et IlĂdiu se trouvent face Ă face. La flamme de leur amour a-t-elle rĂ©sistĂ© Ă 44 ans de sĂ©paration ?
 J’ai eu plaisir Ă lire ce livre Ă©crit dans la magnifique langue portugaise dans un style très personnel qui donne une grande profondeur humaine aux personnages. Ceux-ci souffrent, aiment, sont dĂ©chirĂ©s, perdent espoir et le retrouvent. Ils vivent dans un Portugal arriĂ©rĂ© et dans une France qui connait ses Trente Glorieuses et doivent s’inventer une identitĂ© intĂ©grant les deux cultures. Ils parlent Ă la maison la langue de Camoes mais Ă©coutent les disques d’Adamo et de Johnny.
 « A mĂŁe posou ou livro nas maõs do filho ». La mère d’IlĂdiu posa le livre dans les mains de son fils en 1948, au moment de l’abandonner entre les mains de JosuĂ©. Soixante ans plus tard, c’est Ă Adelaide de faire ce geste Ă l’égard de son fils. L’histoire se rĂ©pète et est souvent un tragique  « voyage au bout de la nuit », selon l’ouvrage prĂ©fĂ©rĂ© de Livro. Pourtant, cette histoire reste toujours Ă Ă©crire, le livre reste ouvert.
 NĂ© en 1974, JosĂ© LuĂs Peixoto est licenciĂ© en langues et littĂ©ratures modernes, anglaise et allemande, mais « Livro » dĂ©montre aussi une profonde connaissance de la culture française. Il a publiĂ© sept romans et trois recueils de poèmes.




