Les incendies qui ravagent la Gironde en ce mois de juillet marquent un point de rupture, pour leur ampleur et les évacuations en masse qu’elles ont rendues nécessaires. On se souviendra de la journée du 24 juillet comme particulièrement critique.
Notre maison de Carcans Maubuisson se situe à une trentaine de kilomètres au nord du village de Saumos, le point de départ du gigantesque incendie qui ravage le Médoc. Vendredi 24 juillet, le ciel était bleu, le soleil brillait généreusement sur la plage de Carcans. Loin au sud se profilait comme une chaîne de montagnes ; il s’agissait en réalité des fumées de l’incendie qui s’étendait jusqu’à la péninsule du Cap-Ferret.
Dans l’après-midi, des nuages de couleur ocre ont recouvert la station de Maubuisson. En voiture entre le bourg de Sainte-Hélène et le village de Brach, des nuages noirs de fumée ont plongé la route dans l’obscurité, au point que l’éclairage destiné normalement aux tunnels et aux parkings s’est allumé.
Nous avions subi, comme tous les Européens, trois canicules en mai, juin et juillet. Les climatosceptiques devraient raser les murs, disaient les médias. Ce qui s’est passé le 24 juillet en Gironde est d’une nature différente : il ne s’agit pas seulement de l’inconfort de températures extrêmes. Ce qui est en cause, c’est l’angoisse face à un phénomène que seules des pluies abondantes pourraient vraiment enrayer ; un phénomène susceptible de détruire des foyers ; un phénomène qui libère des tonnes de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ; un phénomène qui rendra pour des années l’environnement méconnaissable.
À propos du débat sur la climatisation, le collectif « Carbone sur factures » a publié un texte soulignant la radicalité de la rupture en cours. « la canicule a appris une chose aux Français et au monde entier : la France ne jouit plus, comme nous l’avions appris à l’école, d’un climat tempéré. C’est une triste nouvelle, pas une surprise.
« Les scientifiques nous disent depuis un demi-siècle que le carbone est dangereux car il dérègle le climat. On parle souvent de « réchauffement » climatique parce qu’en moyenne la température de l’atmosphère est à la hausse, comme celle des océans. Les scientifiques préfèrent parler de dérèglement climatique pour décrire que les manifestations du climat (températures, précipitations, vents…) sont plus variables et plus incertaines : les moyennes augmentent et les dispersions autour des moyennes aussi. »
« Carbone sur facture » développe l’idée simple selon laquelle la transition vers une économie décarbonée suppose que l’on puisse associer à chaque produit et à chaque investissement le poids en carbone requis pour leur production ou leur mise en œuvre. Il la complète par une autre idée simple : compter les carbones comme on compte l’argent, avec les mêmes outils et les mêmes équipes de comptables.

