Publié en décembre 2025 sous le titre « Journal d’un prisonnier », le témoignage de Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, sur son incarcération pendant trois semaines en octobre 2025 a connu un grand succès de librairie. En association avec l’OIP (Observatoire International des Prisons), Laélia Véron a publié récemment une mise au point intitulée « ce que Sarkozy n’a pas dit sur la prison. Journal de 87 000 prisonniers » (Tracts Gallimard n°76).
« Contrairement à ce que le titre peut laisser supposer, Journal d’un prisonnier parle bien peu de la prison ! Les extraits concernant le monde carcéral tiennent sur moins de dix pages texte », lit-on dans le livre. Nicolas Sarkozy s’érige en exemple. « Il ose même affirmer, dans son journal, que son quotidien était le même si ce n’est que son régime était plus sévère et qu’il avait plutôt moins de droits que les autres détenus ».
Le livre s’ouvre par « le choc carcéral », état de détresse provoqué par la rupture avec la vie libre et l’irruption dans l’univers de la prison. Le célèbre détenu a été accueilli à la Santé par le directeur de l’administration pénitentiaire, et il ne mentionne pas la fouille à nu imposée aux arrivants.
L’ouvrage cite ensuite des passages du Journal, et les confronte au quotidien des 87 126 personnes incarcérées en France au 1er mars 2026. La réalité que vivent ces personnes est étayée de chiffres et aussi de témoignages qu’elles adressent à l’OIP.
Nicolas Sarkozy a été placé à l’isolement pour sa sécurité pendant les trois semaines de son incarcération. Des détenus y sont pendant des mois ou des années. « Les effets délétères de l’isolement sur la santé physique et psychiques des personnes détenues sont édifiants et s’aggravent au fil du temps, lit-on dans le tract Gallimard : troubles psychiques (dépression, hallucinations, intolérance à autrui), altération des sens (baisse de l’acuité visuelle, hyperacousie invalidante, réactions inadaptées au toucher), décompensation psychologique, troubles alimentaires, etc. À tel point que le personnel soignant dénomme « torture blanche » l’usage prolongé de l’isolement ».
Nicolas Sarkozy dit que son épouse Carla Bruni a pu lui rendre visite dès le premier jour de son incarcération. Pour 87 000 prisonniers, recevoir la visite d’un proche n’est possible qu’à l’issue d’un long processus administratif. Pour ceux qui sont détenus loin de leur famille, recevoir leur visite est parfois tout simplement impossible.

La journaliste manie parfois l’humour. Nicolas Sarkozy se demande ainsi dans quel état sortiront du « mitard » les détenus condamnés à y passer trente jours. « On peut se réjouir de voir l’ancien apôtre de la « tolérance zéro » se soucier non seulement de punition, mais des effets de la punition, tant la réalité de la discipline en milieu carcéral pose un constat lourd et édifiant en termes de dignité et de conséquences dommageables (pour ne pas dire désastreuses) sur les personnes ».
Pour rester dans le registre de l’ironie, voici la chronique que j’avais publiée dans le blog Transhumances le 15 décembre 2025 sous le titre « Le prisonnier 2 ».
« Après le succès retentissant du best-seller « Le prisonnier » de Nicolas Sarkozy, comment ne pas appeler de nos vœux une suite : « Le prisonnier 2 ». L’auteur serait cette fois, comme le Christ en croix, appelé à partager une cellule de 9 m² avec un bon et un mauvais larron. En qualité de nouvel arrivant, il lui échoirait d’occuper le matelas au sol. Il se nourrirait de la tambouille de la prison de la Santé. Il lutterait vaillamment contre les punaises de lit. « Le prisonnier 2 » constituerait, à n’en pas douter, un nouveau chef d’œuvre de la littérature carcérale. »
