Mémoires d’un curé de France

Dans « mémoires d’un curé de France » (Presses de la Renaissance, 2011), René Negré évoque les épisodes marquants de sa vie de prêtre en Gironde de son ordination sacerdotale à sa vie actuelle de retraité.

 Né en 1928 à Léognan, René Negré fut ordonné prêtre dans le diocèse de Bordeaux en 1953. Il indique que son nom dérive du mot négrier, commerce exercé par ses ancêtres au dix-huitième siècle. Il appartient par ses origines à la bourgeoisie bordelaise, celle de l’industrie et de la haute fonction publique. L’un de ses oncles était un prélat proche du pape Pie XII à Rome. Fort de ce patronage, il aurait pu faire une belle carrière à la Curie, l’administration du Vatican. Ce n’est pas ce qu’il attendait de la prêtrise. Continuer la lecture de « Mémoires d’un curé de France »

Chagall entre guerre et paix

Le musée du Luxembourg présente jusqu’au 21 juillet 2013 une exposition intitulée « Chagall entre guerre et paix ».

 Moishe Zakharovitch Chagalov, né en 1887 dans le quartier juif de Vitebsk en Russie et mort à l’âge de 98 ans à Saint-Paul de Vence sous le nom de Marc Chagall qu’il s’était choisi,  a traversé deux guerres mondiales. Il a connu les pogroms en  Russie impériale. Il s’est exilé en France quelques années après la révolution russe. Il a fui la France vichyste en 1941 après la promulgation des lois raciales. L’exposition qui lui est consacrée au musée du Luxembourg montre à quel point la souffrance a imprégné l’œuvre du peintre tout au long de sa vie. Continuer la lecture de « Chagall entre guerre et paix »

Le temps de l’aventure

« Le temps de l’aventure », film de Jérôme Bonnell, nous place au cœur d’une histoire d’amour brûlante et éphémère entre deux étrangers.

Alix (Emmanuelle Devos) ne sait plus où elle en est. Comédienne, elle vient à Paris pour un casting et juge sa prestation désastreuse. Elle s’interroge sur sa relation avec l’homme avec lequel elle vit. Ses relations avec sa sœur, une petite bourgeoise conventionnelle, sont exécrables. Alix, habituée par son métier à exposer des sentiments, est ravagée par la crise de la quarantaine.

Aujourd’hui est un jour accablant. Elle se retrouve sans le sou, carte bancaire bloquée ; son téléphone portable n’a plus de batterie ; le portable de son compagnon est sans cesse sur répondeur. Alix est déprimée. Dans la rue, par inadvertance, elle se cogne la tête contre un poteau métallique. Une passante lui conseille de maintenir la joue contre la surface froide du poteau ; « quel beau couple ! » marmonne un autre passant voyant Alix enlacée à son poteau.

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Lincoln

Le dernier film de Steven Spielberg met en scène des derniers mois de la vie d’Abraham Lincoln, en particulier son combat parlementaire pour faire adopter le treizième amendement à la Constitution Américaine prohibant l’esclavage.

 En janvier 1865, Lincoln (Daniel Day-Lewis) vient d’être réélu président des Etats-Unis. Au prix de centaines de milliers de victimes, il est sur le point de gagner la guerre contre les Confédérés sudistes. « Transhumances » a évoqué la toile de fond de la guerre de Sécession : la lutte à mort des émigrants avides de cultiver eux-mêmes une propriété agricole contre les latifundistes du sud, dépendant de la main d’œuvre esclave. L’émancipation des esclaves décidée par Lincoln en 1862 était d’abord une manœuvre tactique visant à désorganiser l’économie du sud. Trois ans plus tard, Lincoln a admiré, sur le terrain, la bravoure de soldats noirs dans les rangs Unionistes. Il est devenu sincèrement abolitionniste.

 Le film de Spielberg s’inspire d’un livre de l’historienne Doris Kearns Goodwin intitulé « une équipe de rivaux, le génie politique d’Abraham Lincoln ». C’est en effet à la dissection d’une lutte politicienne que s’attache le réalisateur.

 Les Républicains, le Parti du Président, vient de remporter la majorité simple à la Chambre des Représentants, mais il faut la majorité des deux tiers pour amender la Constitution. Lincoln est pressé. Les Sudistes sont au bord de la capitulation. Mais Lincoln sait que leur réintégration dans l’Union ferait basculer la majorité dans le camp du « non » à l’amendement. Il faut profiter d’une fenêtre d’opportunité de seulement quelques semaines pour faire passer l’amendement.

 La tâche semble impossible. Les Républicains eux-mêmes sont divisés. Thaddeus Stevens (Tommy Lee Jones), leader des radicaux, est en faveur d’accorder aux noirs l’égalité civique dès maintenant. L’aile droite du parti conditionne son appui à des négociations de paix avec les Sudistes. Le Président promet à la droite qu’il va négocier mais torpille les discussions ; il jure à la gauche qu’aucune négociation n’est engagée, alors qu’il sait la délégation sudiste déjà en ville. La feinte et le mensonge sont excusables à ses yeux, puisque c’est pour une cause noble et historique.

 Il faut à tout prix obtenir 20 voix parmi les démocrates. Lincoln et ses hommes définissent une stratégie : on s’attaquera aux représentants démocrates qui ont été battus en novembre et quitteront l’assemblée dans quelques semaines. Ils constituent le flanc faible de leur parti. On leur propose des postes en échange de leur vote en faveur de l’abolition. La corruption vole au secours d’une disposition constitutionnelle humaniste et profondément éthique.

 Lincoln apparait dans le film comme un homme habité d’une puissante conviction et d’une empathie peu commune avec le peuple. Mais pour atteindre son objectif, faire voter l’abolition de l’esclavage, il fait de la politique politicienne et manipule sans vergogne amis et adversaires. Il ne peut qu’accumuler les haines, celles qui auront raison de lui quelques mois après le vote de l’amendement constitutionnel. Le 15 avril 1865, il meurt des suites de l’attentat perpétré la veille.